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WINTER BREAK

Un film de Alexander Payne

Droit dans ses pantoufles

Professeur d’histoire antique dans un lycée privé pour garçons en Nouvelle-Angleterre, Paul Hunham est d’une austérité si affirmée qu’il ne suscite aucune sympathie de la part de ses collègues et de ses élèves. À l’approche de Noël, il se voit contraint de demeurer sur le campus afin de superviser une poignée de pensionnaires restés sur place pendant les fêtes, dont le brillant et rebelle Angus qui lui tient tête régulièrement. Ce qui aurait pu n’être qu’un conflit générationnel va vite évoluer vers une compréhension réciproque…

Winter Break film movie

Avant toute chose, ce serait très gentil de laisser Hal Ashby et Peter Bogdanovich tranquilles, et d’éviter – comme c’est hélas le cas en ce moment – de ressortir leurs noms du tiroir à des seules fins de filiation sous-jacente avec le nouveau film d’Alexander Payne. Il s’agit d’une sorte de « dramédie » qui, pour le coup, signe le retour du cinéaste au genre et au ton qui ont fait sa renommée, et ce après une parenthèse science-fictionnelle aussitôt ouverte aussitôt refermée ("Downsizing"). Mais ce n’est en aucun cas un exercice de style rétro qui singerait le revival des ambiances et caractéristiques issues du dernier âge d’or du cinéma américain (celui des années 70).

Que la reconstitution minutieuse, alliée à des choix photographiques au diapason (couleurs ternes, grain visuel et sonore, logos d’époque, format 1.66), ait suffi à faire illusion nous rappelle que le naturalisme, lui aussi, a valeur d’exercice de style lorsqu’il semble se suffire à lui-même – n’est pas Tarantino qui veut. Le film manque-t-il ainsi d’identité et de singularité dans sa proposition quasi fétichiste ? Disons simplement que le souffle de l’académisme répond très bien à notre place, et que, côté mise en scène, on baissera d’autant plus rapidement les bras qu’il est difficile de retrouver ici ce qui faisait la pureté des meilleurs films de Payne, en particulier "Sideways" et le sublime "Nebraska".

Autant se tourner vers ce qui fait la force (relative) de "Winter Break", à savoir cette relation humaine et fraternelle entre un vieil amer et un jeune rebelle. Parce qu’il repose sur des acteurs parfaits (surtout un Paul Giamatti toujours aussi pro de l’incarnation), parce qu’il peint la tristesse et la solitude en les couplant à l’arrière-plan avec la réalité de l’époque (l’écho de la guerre hante ici quelques échanges), et surtout parce que ses dialogues ont le chic pour offrir aux personnages l’occasion d’échapper à l’archétype forcé qu’ils font mine d’incarner, le film conserve une vitesse de croisière optimale bien que pépère.

On reconnaîtra que l’humour et la tendresse des situations comptent pour beaucoup dans l’émotion procurée, en particulier lors d’une dernière demi-heure touchante qui fait sauter les derniers pare-feux de protagonistes initialement rongés par une incompréhension réciproque. Pour autant, la simplicité du résultat final, non dénuée de prévisibilité dans le récit, est aussi ce qui l’empêche de transcender son propos et ses enjeux. En l’état, on pourra trouver cela joli et agréable à regarder avec des pantoufles aux pieds pendant que la neige et les températures chutent à l’extérieur du cinéma. Mais on aurait surtout aimé que Payne vise un peu plus large…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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