Banniere-Berlinale-2019

DOWNSIZING

Un film de Alexander Payne

Une originale parabole écologique et politique

Des chercheurs norvégiens viennent de trouver le moyen de réduire les être humains à une taille d’environ 12cm de hauteur. Ce choix qui s’offre alors aux individus est présenté comme un moyen de réduire drastiquement la consommation de ressources, mais aussi d’augmenter le niveau de vie de chacun. Paul et Audrey Safranek, voyant autour d’eux certains faire ce choix, décident eux-mêmes de franchir le pas…

Alexander Payne est avant tout connu pour ses portraits au vitriol. Qu’il s’agisse du parcours d’un vieil homme râleur contraint de s'ouvrir aux autres ("Monsieur Schmidt" avec Jack Nicholson), des déboires d’un père faisant face à la désagrégation de sa famille ("The descendants" avec George Clooney), des errances d’un écrivain raté faisant la route des vins californiens ("Sideways" avec Paul giamatti), ou de celui d’un vieil homme embarquant son fils dans un dernier voyage ("Nebraska" avec Bruce Dern), à chaque fois l’auteur creuse la notion de lien aux autres, qu’il soit familial ou non, tout en distillant une dose de politique sur le fond.

Son nouveau film, découvert en ouverture du dernier Festival de Venise, est une comédie cynique matinée de science-fiction, dans laquelle il imagine un monde où des scientifiques ont découvert comment réduire la taille des hommes, espérant ainsi réduire l’impact de celui-ci sur terre, et du coup résoudre un certain nombre de problèmes (consommation des ressources, limitation de l’espace, surpopulation…). Son scénario, très intelligent, explore avec minutie l'exploitation de la généralisation de ce procédé et ses impacts (notamment humain), tout en montrant comment capitalisme et appât du gain vont bien entendu détourner l’invention écolo, la transformant en une nouvelle machine à fric et à superficialité.

L’introduction est surprenante. Ressemblant presque à un reportage, elle dose savamment les révélations, pour mieux surprendre à chaque scène dévoilant une étape de plus dans la propagation et l’industrialisation du processus de miniaturisation. Puis le récit se focalise ensuite sur les dissensions entre grandes et petites personnes (conséquences économiques, services "petits-friendly"…) et le détournement mercantile dont le procédé pourrait faire l'objet. Se payant au passage les dénégations (changement climatique, épuisement des ressources, migrations inévitables…) et les délires en terme de politique frontalières, du président fraîchement élu Donald Trump, le film bascule dans le monde des petits, sans vraiment convaincre totalement dans cette dernière partie.

Côté personnages, Matt Damon semble jouer avec plaisir les hommes de bonne volonté, contrastant ainsi d'autant plus avec les personnages cyniques qui l’entourent, dont Christophe Waltz, excellent en bon vivant plein de ressources. Étrangement ce sont les rapports humains qui finissent par ne plus être complètement crédibles dans la seconde partie de l’histoire, le scénario finissant comme écrasé sous ses bonnes idées politiques. Car au travers de cette histoire d'anticipation, ce sont bel et bien le consumérisme forcené, le modèle de réussite américain qui laisse de nombreuses personnes sur le côté, et la recréation des frontières migratoires qui sont dans le viseur d'un scénario très bien ficelé, mais pauvre en véritables émotions.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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