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VA, VIS ET DEVIENS

Un film de Radu Mihaileanu

Un sujet beau et intéressant mais sûrement trop ambitieux

1984, Israël lance une opération pour sauver les Juifs éthiopiens en les emmenant en Israël. Une Ethiopienne chrétienne ordonne alors à son fils de 9 ans de se déclarer Juif afin de l’arracher aux camps dans lesquels il est voué à périr lentement comme nombre d’entre eux. Arrivé en Israël, sous le nom de Schlomo, il est adopté par une famille française sépharade et commence une nouvelle vie avec deux lourds secrets : il n’est ni Juif ni orphelin...

7 ans qu’on attendait un nouveau film de Radu Mihaileanu ! 7 ans qu’on souhaitait retrouver la poésie, l’humour et la beauté de « Train de Vie » ! Entre temps, son téléfilm « les Pygmées de Carlo » nous avait fait craindre le pire tant il était décevant. Maintenant que l’attente est enfin terminée (jusqu’au prochain !), il faut se rendre à l’évidence : c’est mieux que sa livraison pour Arte mais on a connu le réalisateur plus inspiré.

Dans les aventures d’un autre Schlomo, Radu nous invite à partager l’histoire méconnue d’un peuple, énième fragment tabou de ce vingtième siècle si riche. Riche, ce film l’est définitivement. Mais malheureusement trop, comme si le cinéaste n’avait pas su où s’arrêter. Ce film semble être la preuve d’un paradoxe pourtant bien réel : il est difficile pour un artiste de s’atteler à un sujet qui lui tient trop à cœur. Difficile car obligé de prendre un peu de recul et de décider de couper ça et là.

En s’attaquant à ce sujet, Mihaileanu n’a manifestement pas pris pleinement conscience de l’ampleur du projet (son premier montage durait 3h30 !). Il en résulte un trop grand emmêlement de détails à inclure, d’informations à faire passer, de séquences à mettre en valeur… Du coup tous les éléments semblent se marcher plus ou moins les uns sur les autres, afin de trouver leur place dans un espace-temps cinématographique trop étroit. Et le ton en pâtit également, Radu alternant entre des passages purement informatifs et réalistes (même si intéressants et parfois indispensables à la compréhension) et d’autres plus poétiques et oniriques, entre gravité et distanciation par l’humour (le mélange de drame et de comédie n’est pas un problème en soi mais une certaine alchimie est nécessaire), entre satire pudique et gênée et classicisme narratif laissant un peu de place à quelques clichés souvent larmoyants…

Pourtant, si l’avis et le cœur du spectateur font des yo-yo au fil de l’histoire à cause de ce trop-plein, cela ne l’empêche pas de s’attacher à cette bouleversante histoire, au jeu tout en finesse des trois jeunes acteurs qui interprètent Schlomo à divers âges, à la ravissante Yaël Abecassis et la non moins ravissante Roni Hadar, à la belle cinématographie de Rémy Chevrin, au lyrisme de la musique de Armand Amar, au message humaniste et idéaliste, et surtout à ce mélange enivrant de langues et de cultures… Bref un beau film trop fourni !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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