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THE UNKNOWN KNOWN

Un film de Errol Morris

Éclaircissements sur un mensonge d’État

Au travers d'interviews de Donald Rumsfeld, Errol Morris s'intéresse à la rhétorique et au pouvoir des mots utilisés par l'homme et le gouvernement pour sa communication de guerre, notamment en Irak...

S'intéressant au mensonge d’État que fut l'affaire des armes de destruction massives (WMD) prétendument possédées par l'Irak, et dont la supposée présence sur le sol ennemi justifia l'invasion du pays par les occidentaux, Errol Morris s'intéresse à la personnalité à la fois médiatiquement plaisante et tactique de Donald Rumsfeld, secrétaire d’État à la Défense de Georges W Bush à l'époque des faits. Sous forme d'une interview unique de cet homme, et au travers d'un dialogue intelligent avec un réalisateur qui sait où creuser, l'argumentaire sera surtout une question de mots savamment choisis.

Mettant en avant les rouages d'une communication rodée, et les habiletés ou libertés de langages accompagnant divers faits (la recherche des preuves, l'invasion, les tortures des prisonniers...), le documentariste parvient à démonter la machine de propagande et à montrer que tout mensonge parfaitement accompagné, finit par se répandre sans barrières. Usant tout au long du métrage des quelques milliers de mémos publiés lors de l'enquête sur les fausses allégations de possession de WMD par l'Irak, Morris déniche quelques pépites et décrypte le fonctionnement d'une administration moderne où les conclusions arrivent parfois avant les études et pour laquelle seule compte au final la communication, élément essentiel d'une vérité téléguidée.

Les mots (incertains) précédent alors leur propre signification (Rumsfeld demande nombre de fois que l'on cherche pour lui dans le dictionnaire la signification d'un mot qu'il a déjà employé ou souhaite utiliser !). Avec toute une rhétorique (donnant notamment son titre au film) sur les choses « qu'on croit connaître mais qu'on s'aperçoit que l'on ne connaît pas », l'auteur montre que les pensées de cet homme habile ne sont pas si logiques ou profondes. Surpris et parfois déboussolé, le spectateur est mis face à sa propre capacité à décrypter le vide derrière certains messages. Il croule sous les mots mis en image, et ne peut que suffoquer à l'écoute d'un « l'absence de preuve n'est pas preuve d'absence » et autres formules qui peuvent signifier tout et son contraire.

Mais la prouesse de Morris est d'arriver à coincer le fin stratège, l'homme en question finissant par se perdre au milieu des concepts qu'il a lui-même mis en place. Il montre aussi qu'il reste Dieu merci conscient des excès dont il fait preuve, tout en dénonçant en images les conséquences meurtrières de l'absence de réflexion des masses, prêtes à gober la moindre jolie formule. Tout cela fait de "The Unknown Known" un documentaire indispensable, dédié au final au journaliste Roger Ebert.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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