Bannière Festival film court Villeurbanne 2019

TRISHNA

De l'incompatibilité des castes

Jay, jeune indien issu d'une riche famille accueille des amis étudiants étrangers. Un soir, ils les emmène prendre un verre dans un hôtel et fait alors la connaissance de Trishna, une jeune femme d'une classe inférieure. Lorsqu'il apprend que le père de cette dernière a eu un accident, il offre à la jeune femme un emploi de serveuse dans l'un des hôtels de son père...

Michael Winterbottom s'attaque avec « Trishna » à l'adaptation d'un roman de l'écrivain Thomas Hardy, intitulé "Tess d'Uberville", transposant l'action qui se déroulait au XIXe siècle dans l'Inde d'aujourd'hui. Pays de contrastes, entre modernisation galopante et pauvreté des campagnes, le cinéaste anglais décrit ici la relation amoureuse entre un fils de grande famille et une jeune femme, fille de paysan, obligée d'accepter un travail sans en cerner les enjeux de compromission.

En décrivant les relations distantes qui unissent ces deux jeunes gens, le réalisateur pose la déception et l'acceptation de la situation sociale comme un socle stable, sans pour autant s'intéresser réellement à ces rouages, et sans confronter véritablement culturel et modernité. D'un côté on peut observer l'étudiant revenu de l'étranger (Riz Ahmed, vu dans « The road to Gantanamo » et « Or noir »), influencé à la marge par la culture occidentale, mais retrouvant ses racines de parvenu, pour lequel argent et travail son une facilité. De l'autre il y a cette jeune fille sublimement belle (Freida Pinto, découverte dans « Slumdog Millionaire »), pure et pausée, respectant les conventions et faisant preuve d'une quasi soumission.

Malheureusement la confrontation se limite principalement à un patrimoine architectural (les décors sont superbement mis en valeur), fait de palais recyclés en hôtels de luxe, Le scénario oppose un peu schématiquement l'oisiveté du fils de famille, avec la résignation de la jeune femme devenue servante, qui accepte presque toutes les humiliations sans broncher. La passion a cependant du mal à transpirer des images léchées qui nous sont présentées, et l'on attend longuement un dénouement qui laisse finalement presque indifférent, malgré sa nature sordide. La faute à un manque de rythme évident, et surtout à une musique omniprésente dont les violons noient toute tension. Reste la chanson de la fin, envoûtante de tristesse mêlée d'espoir.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire