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TIEMPO DESPUÉS

Un film de José Luis Cuerda

Loufoque et politiquement incorrect

En 9177, ce qu’il reste de l’humanité est réduit à une sorte de bidonville, dans lequel vivent des chômeurs, entre pauvreté, crasse et dénouement. Seul un bâtiment immense subsiste, perché sur les hauteurs d’un canyon, summum de l’administration et de la régulation, dans lequel on trouve 3 boulangers, 3 croque-morts, 3 bars, 3 barbiers… et à la tête de tout ce petit monde, un roi au fort accent anglais, un maire et son assistante… Mais le jour où José María décide d’aller vendre sa limonade dans le bâtiment officiel, c’est tout un système qui se retrouve en danger…

Tiempo Despues film image

José Luis Cuerda nous propose avec "Tiempo Despuès", qu’on pourrait traduire par "Longtemps Après", une vision décalée et caricaturale de la lutte des classes, critiquant au passage le rôle des Rois comme d’un État trop régulateur, le traitement des pauvres, les privilèges et castes, tournant en ridicule le machisme, le rapport à la femme objet, les artistes sans don, la condescendance des politiques, et la lâcheté en général. L’humour est certes particulier, souvent pince sans rire, mais il est incisif, empli d’ironie, et surtout politique.

Jouant sur des décors aseptisés, évoquant une sorte d’intermédiaire entre un hôtel et une prison (les couloirs sont uniformes, les commerces sont dévoilés un à un dans des cellules aux dimensions intérieures irréalistes…), José Luis Cuerda aligne toute une brochette de petits rôles, du vieux poète séducteur au berger en quête de lait, en passant par une bande de jeunes rebelles friqués, un homme qui vole, un barbier assassin… Saisissant la moindre occasion pour créer le décalage (20 brebis rentrant dans un ascenseur…), la surprise (l’homme volant qui traite les gens de la tour de « cons », le maire faisant passer un casting pour « aller à la guerre »…) ou la poésie (la pause pipi sous la pluie, le face à face autour de la barrière…), son scénario prend en permanence le spectateur à contre-pied.

Grâce à une direction artistique impeccable et pleine d’imagination, ses teintes vertes et grises dominantes, son monde cauchemardesque questionne sur l’organisation d’une société où chacun doit rester à sa place, où la rhétorique l’emporte sur l’honnêteté (« convaincre », pas « vaincre »…) et où l’amour est bien malmené. Si quelques petites faiblesses de rythme sont à noter sur la fin, fantaisie et sérieux se mêlent ici avec délice, grâce également à un casting ibérique au top (Roberto Álamo, remarqué dans "Que Dios Nos Perdone", Blanca Suárez vue dans "La Piel que Habito", et même Carlos Areces vu dans "Les amants passagers", ou Antonio de la Torre héros des récents "El Reino" et "La Isla mínima").

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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