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LES AMANTS PASSAGERS

Un film de Pedro Almodóvar

La cabine aux folles

À Madrid, le vol 2549 de la compagnie Península vient de décoller pour Mexico, mais les pilotes sont vite alertés d’un problème au niveau du train d’atterrissage à cause d’une négligence du personnel au sol. Contraint de tourner en rond autour de Madrid en attendant de trouver une solution pour atterrir, les stewards vont devoir mettre leurs talents à l’épreuve pour ne pas éveiller les soupçons des passagers de la classe affaire, située juste derrière la cabine de pilotage…

Alors qu’il semblait que Pedro Almodovar avait définitivement tourné la page de son cinéma kitsh antérieur à « Talons aiguilles », notamment avec « La Piel que habito », le voici qui revient cette année en bousculant ses habitudes de ces 20 dernières années. Il pourrait s’agir d’un salutaire retour aux sources, mais après sa vision, « Les Amants passagers » apparaît, hélas, plutôt comme une régression. L’histoire démarre pourtant très bien. Dès les premiers dialogues entre Pénélope Cruz et Antonio Banderas, qui offrent ainsi un sympathique caméo à leur réalisateur préféré, le ton facétieux et burlesque est donné. De quoi laisser présager d'une heure trente de pure détente.

Nous avons ainsi un équipage composé d’hommes (les hôtesses, elles, se contentent de dormir) tous homosexuels, voire bi dans le cas du pilote. Les stewards sont bien sûr tous efféminés puisque ceci correspond aux stéréotypes classiques, tandis que les pilotes sont plus virils, mais tout aussi portés sur la braguette, là aussi, certainement pour des raisons de raccourcis… Coté passagers, on ne s’intéresse qu’à la classe affaire, car les gueux de la classe éco ont tous été drogués… Là encore, les personnages sont pour le moins singuliers. À la pelle, on nous présente une voyante nymphomane encore vierge, une « jet-seteuse » escort tenant tout le gratin de l’Espagne grâce à des photos compromettantes, un homme d’affaire véreux, un couple de jeunes mariés épuisé mais chaud comme la braise, un Don Juan fuyant ses conquêtes et un mystérieux moustachu... Pris au piège dans cet avion où la promiscuité va se révéler être bien plus qu’un brise-glace, tout ce petit monde va se retrouver à vivre et à raconter des situations pour le moins cocasses.

Malheureusement, passées les présentations des personnages très hauts en couleurs, pour ne pas dire stéréotypés jusqu’aux os, l’humour est à l’image de la trajectoire de l’avion : il tourne vite rond. Passées les pérégrinations du Don Juan, l’humour vulgaire et grossier commence sérieusement à peser sur l'ensemble. Non content de nous balancer des situations sans queue ni tête et sans rapport avec les précédentes, Pedro Almodovar nous inflige un humour lourdingue tapant quasi-exclusivement en dessous de la ceinture. A contrario de ses premiers films comme « Femmes au bord de la crise de nerf », le côté provocateur n’a plus rien de transgressif, malgré l’analogie que fait le réalisateur entre l’avion et la situation actuelle de l’Espagne, qui elle aussi tourne en rond et finira probablement par devoir faire un atterrissage difficile… Au lieu de cela, on a plus l’impression d’assister à une pièce de café-théâtre filmé, le charme du live en moins. De plus, le caractère affligeant et abscons de certaines situations très mal amenées, comme cette chorégraphie inutile et inopportune de « I’m so excited » des Pointer Sisters, ruinent toutes mises en perspectives possibles avec la situation désastreuse de la péninsule ibérique. Ce n’était certainement pas la bonne manière d’aborder le sujet et on espère vivement que ce film ne restera qu’une parenthèse dans la filmographie de ce grand réalisateur espagnol.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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