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THE KISSING BOOTH

Un film de Vince Marcello

The Kissing Bof, et même assez beauf

Enfants de deux amies, Elle Evans et Lee Flynn sont nées le même jour et ont construit à leur tour une amitié solide, avec une complicité de tous les instants. Rien ne semble pouvoir les séparer. C’était sans compter l’émergence de sentiments entre Elle et Noah, le frère aîné de Lee…

Sortie le 11 mai 2018 sur Netflix

L’intro dynamique donne l’impression d’entrer dans un teen movie indépendant créatif, avec un style à la fois acidulé et en mouvement perpétuel. Hélas, on déchante vite car on se croit plutôt dans un mauvais soap avec des clichés et des lourdeurs à n'en plus finir. Tout est donc rapidement mièvre et sans allure, cumulant les stéréotypes et les aberrations. Outre les réactions parfois incompréhensibles ou excessives des personnages, notons cette étrange alternance entre des moments où tous les figurants semblent avoir les yeux braqués sur les principaux protagonistes et d’autres où ces derniers paraissent, au contraire, seuls au monde malgré la foule ! Du seul point de vue de la mise en scène, c’est affligeant.

On est donc très bas sur l'échelle de "Clueless" (l'un des meilleurs teen movies) car il n’y a ici ni second degré, ni discours critique sur la réalité sociale que le film décrit. Au contraire, "The Kissing Booth" glorifie la superficialité d’un Los Angeles bling-bling qui frise l’indécence. Idem pour les fameuses cabines à bisous du titre, que l’on a déjà aperçues dans le film "She’s the Man" en 2006 : aucune prise de conscience qu’il s’agit d’une forme soft de prostitution de mineurs ? Clairement non. Ce film est une énième émanation cette culture américaine contradictoire qui peut se montrer dévergondée et prude à la fois.

Le principal problème réside dans le discours sur les rapports filles-garçons. En effet, le film ne sait sur quel pied danser, entre modernité et conservatisme. Même la thématique de l’amitié entre une fille et un garçon est abordée de manière ambiguë : si "The Kissing Booth" a le mérite d’affirmer qu’elle est possible, le film développe une idée de jalousie qui confère au garçon une place bien différente, faisant de lui le seul garant apparent des valeurs de l’amitié, créant une sorte de statut de « chef d’amitié » sur le modèle rétrograde du « chef de famille ». Le long métrage semble parfois remettre en cause la domination masculine avec une héroïne forte en caractère mais ceci apparaît comme un trompe-l'œil presque aussi niais que "After" ou "Cinquante nuances de Grey" car "The Kissing Booth" fait également preuve d’une fascination pour le mâle dominant, musclé et protecteur, sans oublier certaines filles écervelées montrées comme de la chair fraîche ouverte au désir des garçons ! Et comme pour "After" ou "Cinquante nuances de Grey", c’est encore plus désolant de constater que les romans d’origine sont écrits par des femmes qui paraissent donc s’accommoder du modèle patriarcal en prétendant le bousculer. Pour la modernité féministe, on repassera, même si "The Kissing Booth" reste bien plus sympathique que les deux navets précités. Dans le meilleur des cas, disons que c’est fastidieux.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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