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LES TERRASSES

Un film de Merzak Allouache

Durs visages de l'Algérie

Sur les toitures terrasses d'Alger se déroulent toutes sortes d'histoires. Un homme est torturé pour l'obliger à signer un contrat. Une femme perturbée partage les lieux avec un garçon drogué. Un homme est gardé prisonnier en cage. Une musicienne s'exerce. Un boxeur s'entraîne...

L'auteur de "Bab el-Oued" et "Harragas" prend son temps pour l'installation de son récit, nous présentant en parallèle cinq terrasses, toutes situées dans différents quartiers ou communes d'Alger (Casbah, Bab El Oued, Notre dame d'Afrique, Centre ville et Belcourt), avec chacune ses différents personnages. Au travers des interactions de ces hommes et femmes, de leurs faits et gestes, de leurs us et coutumes, il tente de montrer un dur visage de l'Algérie, entre hommes violents, religieux hypocrites, et hommes d'affaire peu scrupuleux. Fonctionnant comme des arrière-cours, pourtant à la vue de beaucoup, ces lieux recèlent les secrets de chaque famille ou personnages, dont certains, pires que les autres, ne seront révélés que sur le tard.

Car dans "Les Terrasses", chacun s'arrange avec la morale, avec les règles de la société ou avec sa propre foi. Et les pires agissements peuvent avoir lieu en toute impunité, dictés par des principes passéistes ou par les pires instincts humains. En choisissant de tourner dans ces lieux ouverts, Merzak Allouache souligne les paradoxes de son pays, puisque dans ces lieux de beauté, qui jouxtent un ciel bleu et pur, souvent synonyme de divin, semblent se défouler les pires pulsions et se dissimuler les plus honteux des secrets.

Le message est d'autant plus fort que c'est l'attitude des adultes, et particulièrement celle des hommes, qui est ici directement dénoncée. Les seuls enfants mis en scène sont un ado qui prend des substances pour échapper au monde, et une petite fille qui écoute les histoires de son oncle, et finit par penser qu'il est peut-être « comme tous les adultes », un menteur. Mais le scénario a le mérite de questionner sur le mérite d'une seconde chance, laissant la porte ouverte à un possible changement de comportement.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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