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STILL ALICE

Juliane Moore, l’Amoore du jeu

Alice Howland est une mère heureuse et un professeur émérite à l’Université de Columbia. Et puis, un jour, on lui diagnostique les premiers signes d’un Alzheimer précoce, le début d’un long combat…

La sortie de « Still Alice » s’inscrit dans un contexte très particulier, l’un des deux coréalisateurs, Richard Glatzer, étant décédé la semaine dernière des suites de la maladie de Charcot. Pour son dernier passage derrière la caméra, c’est un drame sobre et sensible que nous offre le metteur en scène, accordant par la même occasion à Julianne Moore un nouveau grand rôle. Celle qui avait déjà raflé le Prix d’interprétation à Cannes pour « Maps to the Stars » livre une prestation époustouflante en quinquagénaire rattrapée par la maladie. Elle est Alice Howland, un professeur reconnu de linguistique et une mère comblée par l’amour de ses enfants et de son mari.

Dans cette vie rêvée, rien ne semblait pouvoir rompre ce doux équilibre. Et puis un jour, alors qu’elle effectue son jogging habituel, elle ressent quelque chose de bizarre, une confusion étrange. Par précaution, elle se rend chez un médecin, et la sentence tombe : une maladie d’Alzheimer précoce. La suite du métrage dépeint cette dégénérescence inéluctable qui privera progressivement cette femme de tous ses souvenirs. Et l’une des forces de ce film est de ne pas sombrer dans le racolage sordide ou le misérabilisme abject. Car plus qu’un mélodrame, « Still Alice », au titre évocateur, est un portrait, celui d’une femme qui se bat simplement pour rester elle-même.

Si certains ont critiqué la victoire d’Eddie Redmayne sur Michael Keeton pour l’Oscar du meilleur acteur, personne n’est venu contredire la statuette remportée par la jolie rousse pour cette performance aussi intense que subtile. La comédienne à elle seule justifie le fait de se déplacer dans les salles obscures, son regard et son visage exprimant bien plus que tous les mots possibles. Mais derrière cette prouesse, on doit malheureusement se contenter d’une mise en scène fade et bien trop académique pour transformer le grand rôle en grand film. Et c’est indéniablement là que pêche cette adaptation du roman de Lisa Genova, délaissant complètement la forme et effaçant toute velléité esthétique.

Pourtant, malgré des défauts évidents et un scénario aux ficelles trop visibles, il est bien difficile de rester insensible face à la dérive de cette femme. Précisément parce que le film cherche à préserver ses spectateurs, l’effet émotionnel et la puissance lacrymale n’en sont que renforcés. Et au-delà de la leçon de comédie délivrée par Juliane Moore, on retiendra également des seconds rôles excellents, notamment Kristen Stewart qui confirme le changement entamé ces derniers temps : désormais, elle joue plus que bien. Il va falloir s’y faire…

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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