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SOLEIL BATTANT

Il faut bien arriver à en parler un jour

Iris et Gabriel sont en vacances dans une maison isolée, au sud du Portugal. L’une de leurs jumelles, Emma, découvre par hasard une photo d’une petite fille qui lui ressemble beaucoup. Sa mère lui confie alors qu’il s’agit de sa grande sœur, Lila, morte noyée à l’âge de 2 ans et enterrée dans le coin. Elle lui fait promettre de ne pas le répéter, ni à sa sœur Zoé, ni à son père…

Sous ses allures de film estival à la lumière qui vous englobe pour mieux vous réchauffer, "Soleil battant" est autant une douloureuse histoire de deuil, qu'un plaidoyer en faveur de la communication. Car comment laisser la douleur derrière soi et se permettre d'être heureux, sinon en parvenant enfin à regarder le passé en face au lieu de le nier, et en sachant parler de la mort sans pour autant lui donner une part dans le vie d'aujourd'hui. C'est à ce sujet délicat que s'attaque le scénario de Clara et Laura Laperoussaz.

Celui qui refuse d'évoquer le sujet, appelant trop de douleur et de rancœur, c'est le père (Clément Roussier, parfait, entre tendresse virile et rage contenue). Celle qui lâche des informations par bribes et tente de faire face aux questions de ses filles, c'est la mère (lumineuse et blessée Ana Girardot, troublante de naturel). Entre eux ils y a deux petites filles éveillées, curieuses et soucieuses de bien faire (Océane et Margaux, très justes). Mais naturellement la spontanéité et la naïveté des fillettes va se heurter à la sensibilité des adultes et aux dangers du monde qui les entourent.

Étrangement le film fonctionne à merveille tant que ce microcosme familial ne se confronte au reste du monde que par petites touches. Des moments de complicité ou de jeu, aux rapports avec la chaleur ambiante et à la nature aride, en passant par les contacts avec la sœur de la mère ou les villageois, tout transpire le vrai. Si on sera un peu moins convaincu par la nécessité de confronter à plusieurs reprises les enfants aux dangers d'une autonomie peu souhaitée, avec certes une belle volonté de résonance entre passé et présent, et par un final qui dénote avec le reste du film, ce long métrage est une petite bulle d'été, aux contrastes saisissants, qui réchauffe le cœur et incite à faire face à ses propres fantômes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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