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SIMETIERRE

 

Pour : Une des meilleures adaptations de Stephen King

Après avoir quitté Boston, les Creeds s’installent dans une petite bourgade du Maine. Entourée de bois, leur maison est assez isolée, si ce n’est la présence d’une grande route où passent à toute vitesse des camions et la demeure de leur voisin, Jud Crandall. Ellie, la petite fille, puis Louis, son père, se lient vite d’amitié avec le vieil homme. L’atmosphère jusqu’ici bucolique va se tendre après la mort violente d’un étudiant dans les bras du père de famille et celle du chat d’Ellie…

Simetierre film image

Adapter est toujours un exercice périlleux, mais adapter un auteur reconnu, et adapter un de ses best-sellers qui a déjà fait lui-même l’objet d’une adaptation, est d’autant plus dangereux. Pourtant, le duo de réalisateurs et fondateurs de la boîte de production spécialisée dans l’horreur Parallactic Pictures, Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, s’y frottent et réussissent à produire un film efficace, malgré une facture assez peu originale.

La photo de Laurie Rose est soignée. Les blancs sont propres et la palette de couleurs, un peu terne, correspond bien à une ambiance du Maine à la mi-saison. La mise en scène, si elle n’a rien de spectaculaire, sait se montrer efficace et n’abuse pas des oripeaux contemporains du genre tels que les jump-scares ou le hors champ in camera. Certaines scènes sont même saisissantes, au point de donner quelques sueurs froides. Ceci soit en raison d’un habile jeu de points de vue, ou de cacher-dévoiler, soit par un très grand travail sur le son.

"Simetierre" était peut-être le plus aisé des Stephen King à adapter, car il n’y a pas de monstre à proprement parler. Le livre s’inscrit dans la tradition du home-invasion et plus particulièrement dans celle des body-snatchers. Ainsi, c’est moins sur les maquillages et sur le potentiel horrifique des « monstres », écueil insurmontable d’un film comme le "Ça" d’Andy Muschietti, mais bien sur une performance d’acteur que le film repose.

Adapter, c’est trahir, alors autant embrasser la trahison. C’est ce que font les deux auteurs avec courage en se réappropriant le texte de King. Les changements qu’ils proposent amènent des twists dans l’intrigue et montrent une vraie attention au public. En effet, les twists fonctionnent autant pour ceux qui sont étrangers au livre ou à la première adaptation, que pour ceux qui les connaissent. Ces choix narratifs, loin d’être gratuits, ont une véritable justification narrative et esthétique. Les réalisateurs proposent même une fin qui peut apparaître comme audacieuse dans le cinéma américain contemporain.

Fort d’une vraie violence psychologique maîtrisée, "Simetierre" est sans doute l’une des meilleures adaptation de King et l’un des films d’horreur les plus efficaces de ces dernières années. Sans s’attendre à dégouliner sur son siège, vous sentirez une belle pression sur votre poitrine pendant toute la projection.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

Contre : La peur en berne

"Simetierre" est donc une nouvelle adaptation du best seller de Stephen King, quelques 29 ans après la première, sortie en 1990, et ayant donné lieu à une suite en 1993. Les deux films avaient d’ailleurs été présentés à l’époque au Festival d’Avoriaz, émérite prédécesseur du Festival de Gérardmer. Point de passage par les Vosges pour cette nouvelle version, produite par la Paramount, sans doute du fait d’un service minimum, principalement côté caractérisation des personnages, qu’il s’agisse des membres de la famille ou des rares humains qui les entourent. Après les quelques scènes d’installation, la découverte du cimetière pour animaux est bien rapide et celle de son mystérieux « pouvoir » paraît quelque chose qui perturbe bien peu ceux qui le connaissent.

On sursautera certes forcément, du fait de quelques jeux avec le hors champs et du travail reliant jump-scares et niveau sonore, ceci par exemple lors des premières apparitions des camions sur la route située à proximité. Pourtant cette dernière, pas plus que la forêt qui entoure la maison, ou le cimetière lui-même, ne deviendront réellement inquiétants. Car la mise en scène se contente d’aligner sagement des scènes utiles, visant à faire avancer au plus vite l’intrigue. Aucun développement autour du mystère existant, pas plus de temps passé sur les coutumes locales (les processions d’enfants…) ou le rapport des locaux au cimetière, et pas une seconde pour s’attarder sur les lieux et les rendre réellement menaçants. Certains se contenteront des apparitions de l’élève décédé, ou des crises d’agressivité du chat, d’autres trouveront tout juste cela ridicule. Dommage, car le roman donnait véritablement matière à travailler le mystère et l’angoisse.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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