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TOP 5 : Stephen King au cinéma

Écrivain prolifique et populaire, Stephen King est, depuis ses débuts, considéré comme un Maître de l'épouvante littéraire, quand bien même son œuvre s'écarte parfois des sentiers battus du genre horrifico-fantastique. C'est donc tout naturellement que les cinéastes et producteurs se sont penchés sur l'imposante bibliographie du King, avec pas moins de 38 longs-métrages de cinéma (on mettra volontairement de côté les adaptations télévisuelles, telles "Ça" ou "Le Fléau") adaptés de ses écrits.
La sortie d'une nouvelle relecture de "Carrie", son premier roman, est donc l'occasion de rendre hommage à celui qui nous a causé tant de nuits blanches. Cinq films à choisir, la rédaction a voté.
Et le gagnant est...

5e // SIMETIERRE (Mary Lambert, 1989)

Le dixième roman de Stephen King est sans aucun doute l’un de ses plus sombres, si ce n’est le plus désespéré. S’appuyant sur l’horreur que doit être la perte d’un enfant, King y mêlait quelques fantômes issus de la maladie ou des légendes indiennes, pour un résultat véritablement terrifiant. Adapté pour l’écran par l’écrivain lui-même, l’intrigue laisse de côté les éléments les plus surnaturels (quoique…), pour se concentrer sur la descente aux enfers vécue par Louis Creed, père de famille en plein cauchemar. Pour son second long-métrage, la clippeuse Mary Lambert (qui travailla notamment pour Madonna) plonge dans l’intimité d’une famille progressivement envahie par les ténèbres. Aussi flippant que peut l’être le bouquin du King (et il l’est !), "Simetierre" – le film – fait se cohabiter les tourments intérieurs des personnages et de traumatisantes visions d’horreur, qu’elles soient héritées du genre fantastique (le chat-zombie) ou issues d’un quotidien bien réel (le fantôme de Zelda), enrobé qu’il est d’une lumière violemment contrastée, progressivement envahie par des noirs profonds, et qui en accentue le sentiment d’apocalypse intime. Parce qu’il réussit la gageure de reconstituer à l’écran toute la noirceur du roman de Stephen King, le film de Mary Lambert, semble un peu à part dans la masse des adaptations. Sans doute est-ce du à la présence du Maître au scénario, car 3 ans plus tard, la cinéaste s’en ira tourner une suite à cet unique succès, pour un "Simetierre 2" se vautrant vulgairement dans la surenchère hystérique, gore et bête.

Frédéric Wullschleger

 

4e // LA LIGNE VERTE (Frank Darabont, 1999)

© United International Pictures (UIP)

Frank Darabont est un peu le spécialiste de l’adaptation de Stephen King à l’écran : trois longs-métrages et un court ! Avec "La Ligne verte", il s’attaque à une deuxième œuvre carcérale du Maître, cinq ans après "Les Évadés". Au centre de ce film, Michael Clarke Duncan (qui nous a quitté trop tôt en 2012) trouve ici le plus beau rôle de sa carrière : plus habitué aux rôles de brutes épaisses ("Armageddon", "La Planète des singes", "Sin City"…), il prend son physique à contre-pied en interprétant un prisonnier aux allures de colosse sauvage, accusé d’un viol cruel sur deux petites filles, mais qui s’avère être un homme innocent au cœur d’or et doté d’un pouvoir surnaturel de guérison. Dans le style de « l’habit qui ne fait pas le moine », ce film est un vibrant plaidoyer contre la peine de mort et, dans l’univers ségrégationniste des années 1930, une dénonciation du racisme. Outre Duncan, le film bénéficie d’un casting de choix : Tom Hanks, David Morse, James Cromwell, Sam Rockwell, Barry Pepper (génial en gardien salaud) ou encore Michael Jeter…. Autre atout non négligeable : la musique de Thomas Newman, qui colle parfaitement à l’ambiance de l’époque et qui fait ressentir aussi bien la tension dramatique que la poésie de certaines séquences (le magnifique thème de la souris semble tout droit sorti du "Carnaval des animaux" de Saint-Saëns !).

Raphaël Jullien

 

3e // LES ÉVADÉS (Frank Darabont, 1994)

Ce film a quelque chose de paradoxal : il est à la fois simple et exceptionnel. La mise en scène n’est pas d’une originalité flagrante, l’histoire est plutôt élémentaire pour une œuvre de Stephen King (aucun élément surnaturel – même "La Ligne verte", autre histoire de prison du Maître adaptée par le même Frank Darabont, contient un soupçon de surhumain), tout semble reposer essentiellement sur le magnifique duo composé par Tim Robbins et Morgan Freeman... Pire : pour le public francophone, l’intérêt de ce film devrait en toute logique être complètement gâché par l’un des choix de titre français les plus idiots de l’Histoire du cinéma, car on est à mi-chemin entre le spoiler et l’erreur d’interprétation – on pourrait presque incarcérer les responsables pour ces méfaits ! Et pourtant, derrière ce masque de simplicité et ce handicap franco-centré, se cache l’une des plus brillantes visions cinématographiques de l’univers carcéral. Si ce film ne bénéficie d’aucun véritable culte cinéphilique ni d’hommages de type rétrospective ou ouvrage d’analyse, "Les Évadés" trône pourtant depuis plus d’une décennie en tête du célèbre « Top 250 » des meilleurs films de tous les temps sur le site IMDb, seul site permettant d’évaluer une cinéphilie quasi universelle ! Ni "Le Parrain" (dont les deux premiers opus complètent le podium du même classement depuis très longtemps aussi), ni aucun autre classique ou film culte ne sont parvenus à dépasser "Les Évadés", qui s’offre sur ce site une moyenne supérieure à 9/10 pour plus d’un million de votants. Peut-on décemment refuser de parler de chef-d’œuvre avec un tel plébiscite ?

Raphaël Jullien

 

2e // CARRIE AU BAL DU DIABLE (Brian De Palma, 1976)

© Les Artistes Associés (United Artists)

Avant même sa publication, le premier roman d’un jeune auteur inconnu est repéré par des producteurs hollywoodiens qui souhaitent le porter à l’écran. Et c’est au jeune cinéaste Brian De Palma, déjà remarqué pour ses cultes "Sœurs de sang", "Phantom of the Paradise" ou "Obsession", que revient l’honneur d’inaugurer la longue liste des adaptateurs de Stephen King. Résolument baroque et démonstratif, le style encore naissant de De Palma épouse à merveille la psyché d’une histoire hantée par la détresse d’une adolescente soumise au fanatisme religieux et à la tromperie des rapports humains. Toute en mouvements de caméra opératiques, en split screens démultipliant les points de vue et en zooms ravageurs, la mise en scène de De Palma exacerbe les tensions du roman, jusqu’à une dernière partie proprement apocalyptique, qu’accompagne avec efficacité la partition du fidèle Pino Donaggio. Traversé de moments de cinéma amenés à marquer les esprits (la scène de douche du début, le seau de sang…), "Carrie au bal du Diable" remporte quelques prix (dont le Grand Prix du festival d’Avoriaz) et connaît à sa sortie un succès mérité, et malgré ses quelques trahisons obligatoires, s’avère assez fidèle au livre, tout du moins à son esprit. Il n’en faudra pas plus pour lancer la carrière de Stephen King, promis au succès que l’on connaît (51 romans et 10 recueils de nouvelles en 39 ans !). Grand architecte de ce jeu de massacre cinématographique, Brian De Palma va, lui, continuer de se livrer à toutes sortes d’expérimentations formelles et narratives, avec une pelletée de classiques à venir, dont on citera, pour le plaisir, "Blow Out" ou "L’Impasse".

Frédéric Wullschleger

 

1er // SHINING (Stanley Kubrick, 1980)

"Shining, l’enfant lumière" est un livre de Stephen King, "Shining" est un film de Stanley Kubrick. King et Kubrick. Je ne révèle rien en vous disant que les deux hommes ne se portaient pas dans leur cœur respectif (en restant poli). Kubrick, qui trouvait le roman raté, l’a pillé pour en faire le film d’horreur le plus effrayant de toute l’histoire cinématographique (oui c’était son ambition et je ne suis pas le seul à penser qu’il y ait bel et bien arrivé). Après que King délivre au cinéaste son propre scénario adapté de son roman, Kubrick le rejette et fait travailler un autre scénariste, faisant le tri dans l’histoire personnelle du romancier (exit, donc, le problème avec l’alcool, cause des troubles dans le livre) pour ne conserver que la base et les personnages principaux du livre. King qui s’est senti dépossédé de son récit a, à maintes reprises, déclaré détester le film… On peut le comprendre, les deux œuvres n’ont plus grand-chose en commun si ce n’est les initiales de leurs deux maîtres d’œuvre : S.K. ! Les différences, elles, sont donc énormes. Kubrick a épuré l’histoire pour se concentrer sur l’écrivain gagné par la folie meurtrière qui menace sa propre famille isolée avec lui dans un hôtel fermé loin dans la montagne… Le huis-clos nous maintient dans un état de catatonie et de psychose entremêlées comme aucun autre film, où on assiste à la désagrégation de la cellule familiale, avec des visions d’horreur intenses : vague de sang répulsive, revenants inquiétants, sœurs jumelles terrifiantes… Flippant ! Mais les deux hommes y ont finalement tout gagné. Le livre est devenu un énorme succès, et la marque de fabrique du maître de l’horreur, qui sort cette année la suite, "Docteur Sleep". Quant au film, il restera une référence inépuisable et inépuisée dans le genre, dont on peut finalement trouver un seul fardeau : le personnage insupportable de la mère interprété par Shelley Duvall pour lequel tout le monde s’accorde à dire : « Ok Jack, saisis-toi d’une hache et règle-lui son compte une bonne fois pour toute ! »

Mathieu Payan

À lire également : Il était une fois… Shining, de Stanley Kubrick

 

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