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ROXANE

Un film de Mélanie Auffret

Un concept fabuleux noyé dans un film social caricatural

Raymond est un petit producteur breton, spécialisé dans les œufs, qui ne se déplace jamais sans sa poule favorite, Roxane. D’ailleurs, afin de rendre ses poules heureuses, il leur lit chaque jour quelques pages de Cyrano de Bergerac. Mais sa petite exploitation est menacée, la coopérative agricole s’intéressant à de plus gros producteurs…

Roxane film image

"Roxane" était sans nul doute l’un des films les plus attendus de la compétition du dernier Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez. En effet, son pitch avait de quoi intriguer, avec la perspective alléchante de voir Guillaume de Tonquédec déclamer les vers d’Edmond Rostand face à ses poules, faisant éventuellement participer Roxane. Si le film prend vite un virage social, tentant de traduire à l’écran le malaise des producteurs solitaires, cela ne constitue pas en soi un défaut. C’est plutôt dans le prétexte, si peu crédible, des vidéos internet pouvant sauver l’exploitation, que le film perd son âme. Promettant des scènes de théâtre qui ne viendront jamais (on se garde bien de nous en montrer une seule en entier, faisant ainsi planer un gros doute sur leur véritable drôlerie…), et surtout affichant sa volonté de traiter d’un sujet sérieux (la lutte pour la survie d’une exploitation), le scénario rend finalement tout humour inopérant, plongeant progressivement le personnage principal, comme d’autres, dans le ridicule.

Tout comme le navrant "Normandie Nue" en début d’année dernière, le scénario du film simplifie à outrance le monde paysan et développe nombre de personnage dans la caricature, s’intéressant finalement bien peu à la cause qu’il prétend défendre. Faire du personnage principal un artiste en herbe, avide de mots, qu’il partage chaque jour tendrement avec ses poules, était pourtant une excellente idée et une source potentiel de nombreux gags. Mais plutôt que de rire avec lui de son inventivité, le spectateur souffre pour ce personnage, interprété pourtant avec conviction par Guillaume de Tonquédec. Et que dire du personnage secondaire de la voisine anglaise, faire valoir décalé qui se voulait à la fois vecteur de fantaisie au sein du drame qui se noue et élément réflexif. Au contraire de l’intention de départ, celle-ci apparaît comme antipathique de bout en bout du film.

On ressort donc de la salle fortement déçu, d’autant que la vision des agriculteurs, réduite à des pochtrons dans un bar, ou un simplet généreux qui raisonne en prêt de tracteur (le gag récurrent du métrage) trouve son apogée dans une conclusion d’une facilité déconcertante. Si Sacha Guitry disait (citation utilisée dans le film), que « on se souvient toujours si mal de ceux qui nous ont fait du bien », on souhaitera vite oublier cette erreur de parcours, en espérant que Mélanie Auffret, prometteuse côté mise en scène et casting, nous revienne plus inspirée niveau scénario, soit pour une vraie comédie, soit pour un vrai film social.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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