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PYRAMIDE

Un film de Grégory Levasseur

Tétraèdre

En Égypte, des archéologues viennent de découvrir une pyramide assez inhabituelle sous les dunes du désert. Une expédition est aussitôt organisée à l'aide de caméras portables, mais le périple va vite tourner au cauchemar : non seulement ils se retrouvent piégés dans un authentique labyrinthe, mais une mystérieuse présence semble les traquer dans ces couloirs sombres…

Le tandem formé par Alexandre Aja et Grégory Levasseur, on l’aime bien, et il y a une raison à cela : de tous ceux qui ont franchi l’Atlantique pour y faire du cinéma de genre, ils sont sans doute les seuls à avoir transformé l’essai, démontré qu’il était possible d’imposer ses choix au sein de commandes hollywoodiennes (en général, des remakes ou des reboots) et dévoilé une viscéralité rare au point d’accoucher d’œuvres horrifiques parmi les plus marquantes des dernières années. Les remakes géniaux de "Maniac" et de "La Colline a des yeux" ainsi que l’ultra-jouissif "Piranha 3D" en sont les plus beaux exemples. Mais depuis quelque temps, la paire a fini par révéler ses faiblesses, d’abord au travers d’un "Horns" assez bancal qu’Aja avait sans doute voulu trop personnel, ensuite par une première production faisandée ("2ème sous-sol") dont le concept de huis clos dans un parking souterrain nous donnait surtout envie de pioncer. Rebelote avec ce "Pyramide", voulu comme le baptême de réalisateur pour Levasseur, qui sonde les tréfonds de la série Z à cent patates.

Le pire, c’est qu’à la lecture du synopsis, on voyait déjà mal comment Aja et Levasseur allaient sortir grandis d’un scénario aussi pauvre, sur lequel ils ne sont d’ailleurs même pas intervenus. Pour schématiser la chose, on se retrouve de nouveau avec le concept d’une série B old school, qui voit un groupe de personnes confronté à une menace terrible dans un lieu clos. Du classique, certes, mais le film ne fait preuve d’aucune cohérence et part fissa dans le n’importe quoi. Notons déjà que ce groupe d’archéologues chevronnés est composé d’acteurs inconnus qui ressemblent plus à des étudiants californiens qu’à des intellos et que leur découverte se résume à une pyramide constituée de trois côtés au lieu de quatre. En géométrie, on appelle ça un tétraèdre, et non une pyramide, mais bon, passons…

La suite est au diapason : une caméra que l’on dégaine pour filmer tout et n’importe quoi (y compris pour épier la blonde qui enfile son soutif ou pour gratter sa guitare au coin du feu), la fille qui finit plantée sur des pointes et que l’on passe un quart d’heure à essayer de sauver alors que ça ne sert à rien, le coup de la claustro de service qui va devoir ramper dans un couloir étroit (déjà vu en mieux dans "The Descent"), du charabia égypto-aztèco-mythologique qui nous ferait presque regretter nos leçons d’histoire au collège, et ni plus ni moins que le dieu Anubis en bad guy final ! En outre, pour un film qui assume jouer à outrance le concept du found footage (eh oui, encore…), "Pyramide" révèle l’absence totale de point de vue de mise en scène chez Levasseur, ce dernier enfilant les choix de montage parmi les plus incohérents de l’année. Exemple : vu que les personnages filment leur exploration de la pyramide avec leurs caméras vidéo, pourquoi a-t-on soudainement droit à un plan d’ensemble en vue de plafond qui nous les montre tous dans le même cadre ?

Difficile de se contenter de quoi que ce soit là-dedans, y compris de quelques giclasses d’hémoglobine qui interviennent à fréquence limitée et d’un Anubis maxi-psychopathe qui arrache le cœur de ses victimes pour soi-disant « peser leur âme » (c’est du moins ce qui est expliqué…). Loin d’être aussi maître de son art que son pote Aja, Levasseur foire son passage à la réalisation dans les grandes largeurs et ne réussit qu’à nous plonger dans une léthargie tout sauf agréable. À se demander si le jeu télévisé éponyme présenté par Patrice Laffont n’était pas plus amusant à regarder…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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