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PROFESSION DU PÈRE

Un film sombre et personnel sur les violences familiales

Lyon, 1961. Émile a 11 ans et aime dessiner. Son père André Choulans s’énerve sur la télévision où intervient De Gaulle, l’accusant de les abandonner et de mener le pays à la guerre. En cachette de sa femme, il parle à son fils de son ami Ted, de la CIA, et le charge d’aller taguer sur les murs de la ville un mot : OAS…

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Basé sur le roman éponyme de Sorj Chalandon, écrivain lyonnais, le nouveau film de Jean-Pierre Ameris, auteur non moins lyonnais, est un drame sur les violences intrafamiliales ou l’influence des tyrans domestiques comme a pu l’être le propre père du cinéaste. Oubliez donc rapidement l’affiche comme le synopsis officiel, qui vous vendent une comédie. Il sera question ici de tensions internes à la famille, d’autorité du père, ce jusqu’à ce que la violence éclate, le tout filmé à hauteur d’enfant (et donc majoritairement en légère contre plongée).

Benoît Poelvoorde incarne avec une certaine ampleur ce père instable, menteur pathologique, peu scrupuleux sur les détails des histoires qu’il raconte, mais prêt à tout pour voir dans le regard de son interlocuteur une approbation, quitte à hausser le ton. Si le récit fait sourire par moments vu le caractère fantasque des inventions de cet inquiétant paternel, il n’en devient pas moins rapidement source d’angoisses tant le personnage s’avère toxique pour son entourage. Au point qu’Améris lui-même, en projetant le souvenir son propre père sur le personnage du père de Chalandon, en oublie progressivement de traiter de la mythomanie et de ses mécaniques, pourtant au cœur du livre.

N’en demeure pas moins une démonstration assez efficace des ravages des violences domestiques et de la nature manipulatrice de leur auteur, qui se voit ici comme une sorte de garant d’une forme de justice. Si le jeune interprète d’Émile, Jules Lefebvre, est confondant de naturel (saluons ici un fort judicieux travail de casting qui manque a tant de grosses productions françaises), c’est au final surtout Audrey Dana qui épate, traduisant d’un regard ou changement de voix, chaque inquiétude d’une mère prise en étau entre l’amour d’un mari et la crainte pour son enfant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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