Parce qu'on en a jamais assez !

PASSION

Un film de

Nœuds de vipères au féminin

Une boss et son assistante travaillent sur une publicité pour un smartphone. Mais lors de la présentation du concept, c'est finalement la chef qui s'attribue tout le mérite, déclarant au passage « tu as du talent, je l'utilise au mieux », « that's business »...

Brian De Palma revient à sa passion pour les femmes manipulatrice, offrant au passage deux rôles en or à Noomi Rapace (l'assistante) et Rachel Mc Adams (the « boss »). Loin des artifices de son indigeste « Femme fatale », il n'en exploite pas moins les recoins du psyché féminin, et de la jalousie, en jouant avec nos nerfs, par un habile jeu entre rêve et réalité. Débutant de manière apparemment linéaire, ce remake de « Crime d'amour » du français Alain Corneau, décrit au premier abord la collaboration pratique et intéressée entre ces deux femmes, le rapport hiérarchique et leur rivalité latente. Mais au fil du métrage le récit se complexifie au point que l'on ne sait plus qui manipule qui, et où est la vérité et le fantasme

Cinq ans après son mérité Prix de la mise en scène au Festival de Venise avec « Redacted », « Passion » fait figure de thriller au traitement un peu vieillot, représentant les cauchemars d'un des personnages, par des séquences dotée d'un éclairage apparentant l'ombre de persiennes aux paupières semi-ouvertes du personnages. Jeu de marionnettes, la relation trouble qui unit les deux femmes, frôle par moment le grotesque, entre amour et haine, mais le désir de contrôle de la femme dans un monde où les hommes semblent vendus au pouvoir n'est-il pas légitime. Et De Palma en rajoute dans la dimension sadique, représentant un canapé tel un trône, surenchérissant dans le portrait maléfique du personnage de Rachel Mc Adams, et faisant basculer le récit du monde du business vers celui de la sexualité. Un amant dit d'ailleurs du personnage « Tout ce qu'elle veut elle l'obtient... au lit elle est pareil ».

Mais entre réputation de manipuler ses employés comme ses amants d'un côté et recoins de l'imagination perverse du personnage de Noomi Rapace, soumis à une forme de harcèlement moral, le repérage devient de plus en plus difficile au fil du récit. Si certains effets de mise en scène semblent datés, tels les prises de vue obliques (lors de la prise de médicaments), ou le split-screen lors du ballet, les réveils successifs sont plutôt efficaces, obligeant le spectateur à une concentration de chaque instant. Alors, fantasme de l'une des deux femmes, manipulation de l'une sur l'autre, ou de l'autre sur l'une, à vous de vous faire votre idée.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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