Banniere-Berlinale-2019

OCCIDENTAL

Un film de Neïl Beloufa

Du maniement de l'étrange

Une nuit de manifestations qui tournent à l’émeute, un prétendu italien entre dans un hôtel pour s’installer au dernier étage, dans la suite nuptiale. Peu après, un ami le rejoint, mais son comportement étrange fait que la patronne décide de rester pour la nuit avec ses employés et de prévenir la police…

Avec son format carré, ses décors minimalistes, ce huis-clos signé Neïl Beloufa se révèle une œuvre étrange tantôt fascinante, tantôt déroutante, aux imperfections évidentes mais à l'effet bien réel. "Occidental" est le nom de cet hôtel dans lequel trois employés (la gérante, la réceptionniste, l'homme à tout faire) côtoient diverses clients : un couple au grand écart d'âge, un groupe de jeunes anglais en plein enterrement de vie de garçon, et cet étrange duo masculin prétendument italien, mais dont l'accent semble aller et venir selon les situations.

Jouant sur le mystère, alors que la situation s’embrase à l’extérieur, le scénario crée une tension intense entre les personnages, renforcée par un montage qui donne une importance à la voix de la réceptionniste, qui en off semble livrer un témoignage sur un fait divers. Inquiet, le spectateur épie les détails de ce premier film de cinéma, signé d’un plasticien franco-algérien exposé au MoMa, dont l’économie circulaire est au centre de l’art. Les décors du film sont d’ailleurs devenus ensuite un lieu d’exposition, accueillant dans un premier temps des œuvres liées aux contributeurs du film lui-même (Paul Hamy…).

Passant en revue quelques dérives des temps actuels (délit de faciès, racisme, nationalisme, tendance à refaire l’Histoire, rapports patron-employé…), le film adopte une esthétique datée, dans un format carré, sans pour autant que le spectateur puisse situer l’intrigue dans le temps. Et si les dialogues semblent parfois quelques peu improbables, on s’amuse tout de même de l’utilisation d’un mot pour un autre et du jeu du chat et de la souris des uns et des autres. Étrange mais fascinant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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