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NIGHT CALL

Un film de Dan Gilroy

L’enflure des médias

Lou Bloom veut absolument faire carrière dans le journalisme télé. Et pour cela il est prêt à tout. Il est persuadé que s'il se donne à fond, il parviendra à ses fins. Au volant de sa voiture, il parcourt la ville la nuit à la recherche d'une affaire qui lui permettra de percer. Il rencontre Nina, la rédactrice en chef d'une chaîne de télévision et tente de la convaincre de ses talents de journaliste. Sa devise : « pour gagner au loto, il faut de l'argent pour se payer un ticket ». Une philosophie qui le conduit à franchir la ligne jaune. Obsédé par l'idée de réussir, il prend tous les risques alors qu'il enquête dans le milieu du crime...

D’abord, il convient de se calmer un peu. Vendu comme un long-métrage virtuose et pervers, d’ores et déjà considéré comme un candidat potentiel pour les prochains Oscars, "Night Call" n’est pourtant en rien ce qu’il prétendait être. Les films ayant mis en scène le pouvoir nocif et voyeuriste de la télévision américaine, on en compte désormais treize à la douzaine : "Network" de Sidney Lumet, "Osterman week-end" de Sam Peckinpah, "Tueurs-nés" d’Oliver Stone, "En direct sur Ed TV" de Ron Howard, et j’en passe… Le premier long-métrage du scénariste Dan Gilroy ne présente en fin de compte que très peu de nouveauté dans son désossage critique des médias, évidemment fascinés par les images chocs et leur mise en scène télévisuelle afin de booster l’audience. Bref, un message mille fois vu, expliqué et ressassé, dont on finit même par se demander si son éternelle déclinaison au sein d’une œuvre de cinéma ne va pas finir par en banaliser les vertus dénonciatrices.

Sauf que voilà : si l’exploitation du sujet est d’une inventivité limitée, son angle d’attaque, totalement focalisé sur le protagoniste, surprend à plus d’un titre. On se doutait bien que ce personnage de « serial filmeur » serait un modèle de charognard sournois, cherchant à tout prix le fait divers le plus racoleur pour se sortir d’une situation difficile (la bande-annonce en donnait déjà l’impression). Mais on n’imaginait pas à quel point le personnage se révélerait être une enflure aussi intégrale, dantesque et répugnante, laissant le cynisme loin dans le rétroviseur pour se révéler en authentique sociopathe, gorgé d’une misanthropie et d’une violence pulsionnelle hors du commun, n’hésitant pas à recourir au chantage le plus ignoble, à violenter son assistant par pur nécessité commerciale ou à imposer ses lois à une directrice de programme jouée par Rene Russo (épouse de Gilroy et désormais sosie parfait de Catherine Deneuve). Bref, un monstre absolu auquel Jake Gyllenhaal ("Donnie Darko"), tout à fait adéquat avec son allure de gendre parfait, confère un zénith de perversité et d’immoralité. Pas de doute, l’Oscar lui tend d’ores et déjà les bras…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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