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MICHOU D'AUBER

Un film de Thomas Gilou

Retour sur une période peu glorieuse

En 1960, le jeune Messaoud et son frère son placés à la DDASS par leur père, immigré algérien, qui ne peut plus s'en occuper du fait de son travail et de sa femme hospitalisée. Messaoud est alors accueilli par une femme de la campagne et son marin, ancien militaire. De peur de subir des remarques, et que le gamin fasse l'objet de brimades, la femme décide de teindre le garçon en blond et de l'appeler Michel, ou Michou...

Thomas Gilou, réalisateur de 'La vérité si je mens', nous revient avec une chronique douce-heureuse des jeunes années de fils d'immigrés maghrebins de la première génération. Sur fond de guerre d'Algérie, il choisit de raconter les relations entre le jeune garçon et le village dans lequel vit sa famille d'accueil. Récit inspiré directement de la vie de Messaoud Hattou, avec qui Gilou avait déjà travaillé sur le scénario de Raï, cette histoire nous plonge à la fois au milieu des rapports de promiscuité et donc de potentielle violence qu'entretiennent les villageois et nous montre les stratgèmes que « l'étranger » devait alors déployer pour tenter de s'intégrer ou tout au moins d'éviter les harcèlements en tous genres.

Toujours d'actualité, 'Michou d'Auber' (quel titre catastrophique qui ferait presque penser à une histoire de cabaret, dont on est ici bien loin) évoque l'un des épisodes noirs de l'Histoire de la France, vu côté métropole: le Guerre d'Algérie et l'acceptation de son indépendance. De récents films l'ont évoqué in situ, comme 'La trahison'. D'autres ont abordé de manière plus générale, le problème de l'immigration et de l'intégration, comme 'Indigènes'. 'Michou d'Auber' s'attaque lui aux ratonades, au délit de faciès, et finalement à un certain racisme ordinaire qui aurait tendance à redevenir en vogue aujourd'hui. Eclairant les comportements de chacun par un contexte humain assez rude (séparations, alcoolisme, précarité...), le scénario ne cherche pas à les excuser, mais révèle la vérité de chacun des personnages, montrant au passage comment un peuple peut être considérer comme inférieur un autre ou comment des enfants se faisaient encore récemment exploiter sans aucune vergogne.

Aidé par des interprètes troublant de justesse, le film sonne juste de bout en bout, et sent le vécu dans le moindre de ses détails (le vol de l'argent, les rapports à la ville et la culture...). Nathalie Baye joue intelligemment les femmes blessées, divisée entre affection naturelle pour le gamin et crainte d'être jugée. Elle représente à elle seul tout l'impossible équation de l'époque pour le peuple français de l'époque: savoir accepter ceux qui sont différents (en religion, tradition, ou nourriture), sans vouloir qu'ils l'affichent. Depardieu retrouve ici aussi un rôle de brute et grande gueule, d'apparence intolérant, attaché à ses valeurs militaires, mais dont la droiture revêt une certaine logique. Ce couple, distant, deviendra le protecteur de leur presque fils, interprété avec candeur et malice par Samy Seghir. En montrant tous les signes locaux (des graffitis inommables - et bourrés de fautes d'orthographes – à la peinture des fesses en blanc), des évènements les plus épouvantables (ratonades, rafles, exécutions...) qui ne sont eux qu'évoqués, le film évite un climat trop lourd, mais dénonce avec un certain recul les exactions lâches et faciles qui font encore aujourd'hui la honte du pays.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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