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LA MALADIE DU SOMMEIL

Un film de Ulrich Köhler

Un autre rythme

Au Cameroun, un médecin prépare son retour en Allemagne, avec sa femme et sa fille, qui le précéderont dans ce voyage. Il profite des derniers moments sur place et fait le bilan des dépenses des subventions allouées sur 5 ans, pour un programme d’étude qui devait au départ durer uniquement 2 ans…

Le film franco-allemand "Sleeping sickness" ("Schlafkrankheit") suit les traces du film de Claire Denis "White material" en nous montrant par bribes, les influences de l'Afrique, son climat, son rythme autre, sur des européens. De maladie du sommeil (jolie parabole aux sens multiples) il est d'abord question ici en tant que réelle maladie puisque traitée lors d'une campagne spécifique par un médecin allemand (qui doit prochainement rentrer) et auditée par un jeune médecin noir né en France, qui se porte volontaire pour partir. Mais cette maladie, c'est peut-être celle qui symbolise l'autre rythme africain, ou tout au moins la capacité d'un peuple à fermer les yeux, face à l'emprise de la corruption aussi bien au niveau des classes dirigeantes, qu'il s'agisse de politique ou d'administration.

Le film est clairement divisé en deux parties, totalement distinctes, avec deux histoires dont le lien est cette campagne médicale. Deux histoires qui n'ont en commun que la présence du médecin plus âgé, préparant son départ entre raz le bol et amour du pays dans la première, et donnant naissance à son propre enfant, issu d'une liaison avec une femme africaine dans la seconde. Entre les deux, sans aucune transition, le scénario nous laisse libre de deviner ce qui a bien pu se passer. Est-il réellement parti ? Avait-il déjà une maîtresse ? Est-il revenu ne supportant plus le rythme de vie occidental, comme semble le pressentir sa femme ? Peu importe.

Car ici c'est bien de changement de rythme dont il s'agit. La violence avec laquelle le jeune médecin français réagit, à son arrivée, aux multiples retards et obstacles qu'il rencontre, montre bien qu'une adaptation est nécessaire, et prend du temps. Que les enjeux ici ne sont pas dans la productivité, mais dans la simple survie. Difficile d'avoir des papiers en règle, difficile de savoir quand le responsable du programme sera là, impossible de faire le même travail, à un rythme européen.

Mais le fameux sommeil touche aussi tous ceux qui ferment les yeux, que ce soit sur la corruption, les petits cadeaux qui aident à passer un barrage, les comptes de l'hôpital et le devenir des subventions, l'achat préférentiel d'une voiture, le faux chauffeur à l'aéroport... tout ce qui touche à l'argent n'est pas très net. Et logiquement, comme chez Claire Denis, le réalisateur pose justement la question du rôle de l'homme blanc, de ses compagnies, de l'Europe dans tout cela. L'individualisme est roi, d'un coté comme de l'autre, le personnage d'Hippolyte Girardot représentant même le pire de l'exploitation passive, qui ne veut pas s'avouer la réalité, s'entourant de jeunes femmes, dont il affirme haut et fort que ce ne sont "pas des putes". Un constat bien noir, pour l'avenir d'un pays qui paraît sans issue.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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