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LOURDES

Un film de Jessica Hausner

Petit miracle

Dans une grande salle à manger, lumineuse et blanche, entrent un à un les membres d'un groupe de malades, de sœurs et d'accompagnants de l'Ordre de Malte. Le repas et le périple qui suit, peuvent commencer...

Après "Hotel", remarqué à Un certain regard, la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner signe un film qui ne plaira certainement pas à tout le monde et qui a fait les beaux jours de la compétition du Festival de Venise 2009. Sans jugement aucun, mais non sans un certain humour, elle décrit les quelques jours passés à Lourdes, par un groupe de pèlerins, emmené par l'Ordre de Malte. Après une ouverture ordonnée, défilé de malades et suivants sacralisant le lieu et la démarche, tact et distance sont au rendez-vous, la réalisatrice prenant le temps de décrire cliniquement chacune des étapes du séjour de sa troupe, tout en pointant discrètement les contradictions du lieu.

En laissant sa caméra s'attarder sur un pèlerin laissé devant une vitrine, elle dénonce le merchandising à outrance, ceci dans toutes les langues. Il lui suffit aussi d'une simple scène de repas, en passant devant une table où prêtres et sœurs préfèrent boire du vin que de l'eau sainte de Lourdes, pour saisir la différence entre croyance et réalité... Ou d'une remise du prix du meilleur pèlerin pour faire douter des motivations sincères de certains. Restant en retrait, elle use et abuse du cadre dans le cadre, tout en laissant ses personnages évoluer librement.

Son récit est simple, emprunt de la béatitude d'une Sylvie Testud formidable dans ses moindres sourires, comme dans ses frustrations. Il est également cruel comme la vie, montrant la dévotion désespérée de certains qui n'ont pas forcément la chance des autres. Mais c'est surtout au final l'arbitraire qu'elle met en avant, "Dieu" étant libre de choisir qui il guérit. Ou s'agit-il peut-être là de chance ? Une différence qui laissera chacun en proie avec sa propre vision du monde lors d'une scène de fin où la miraculée pourrait bien défaillir... ou pas.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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