Parce qu'on en a jamais assez !

LOIN D'ELLE

Un film de Sarah Polley

Pure générosité

Alors qu'elle se sait atteinte de la maladie d'Alzheimer, une femme de 67 ans évolue lentement vers la décision de se faire admettre dans une maison spécialisée. Son mari, devenu réticent, va devoir à contrecoeur, l'accompagner...

Premier film de Sarah Polley (actrice canadienne révélée par 'De beaux lendemains' d'Atom Egoyan) en tant que réalisatrice, 'Loin d'elle' approche avec finesse et tact les relations entre deux amoureux éternels, soumis à la plus rude épreuve de leur vie: la séparation avant même la mort. Dès les premières images, quelques jalons sont posés: depuis 44 ans, ils n'ont jamais été séparés plus de quelques jours, et leur maison, située au bord d'un lac, ressemble à un idyllique havre de paix, perdu dans la neige... et rapidement, d'une symbolique légère, le drame s'annonce, au travers d'un simple plan, où le couple, ayant l'habitude de faire du ski de fond ensemble sur le lac gelé, voit la trajectoire de chacun s'éloigner. Ainsi, de parallèles, leurs chemins se séparent au début du film, mais se retrouveront peut être à la fin.

Bourré de paraboles intéressantes, comme celle de la maison dont les fenêtres s'éteignent, parallèle avec le cerveau malade dont certaines fonctions s'arrêtent, 'Loin d'elle' traite aussi bien des pertes de mémoires de la malade, que des doutes qui s'installent dans l'esprit du bien portant. Sa femme a-t-elle une liaison avec un autre patient? Fait-elle parfois semblant de l'oublier pour le punir de certaines erreurs passées. La construction intelligente du récit, avec en parallèle l'histoire du mari avec la femme de l'autre patient (Olympia Dukakis), et la dégradation quasi linéaire de la santé de son épouse, laissent sans voix face à l'amour et la générosité pure qui se dégagent des actes du mari.

Mais le scénario s'avère également critique. Il montre comment les trente jours d'isolement initial imposés aux patients, facilitent plus la vie de l'équipe de soin, que celle du malade, qui perd ses repères, ou de la famille. Il fustige cette séparation qui accentue la souffrance des proches, déjà déboussollés. Avec subtilité, il mêle les craintes les plus intimes de chacun, donnant au final un film, tout simplement déchirant. Bien plus fin que le film de Zabou, 'Se souvenir des belles choses', non loin de la tonalité, à la fois tonique et tranquille de 'Ma vie sans moi' d'Isabelle Coixet, dans lequel Sarah Polley jouait le rôle principal, 'Loin d'elle' offre un rôle magnifique à Julie Christi en lady qui admet elle-même qu'elle disparaît peu à peu. Mais c'est surtout Gordon Pinsent qui mérite foule de louanges, sa douleur étant lisible sur son visage, tout comme son coeur réduit en miette, lorsque sa femme commence à ne plus le reconnaître. Ses éclairs de joie sont alors rares, dans de rares moments de retrouvailles ou d'arrangement avec sa nouvelle vie qui commence. Une composition qui mériterait bien des prix pour une oeuvre sublime et déchirante.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire