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L'HOMME DE L'EAU

Un film de David Oyelowo

L’imaginaire comme refuge

Gunner est un ado créatif et curieux, qui a récemment emménagé dans l’Oregon avec ses parents. Lorsqu’il entend parler d’une légende locale, il veut croire en sa véracité car cela pourrait sauver sa mère gravement malade : il y a des décennies, un mystérieux personnage, surnommé « l’homme de l’eau », aurait trouvé un moyen de devenir immortel et vivrait toujours dans la forêt des alentours…

L'Homme de l'eau film movie

Sortie le 9 juillet 2021 sur Netflix

Après un court métrage en 2009 ("Big Guy"), l’acteur David Oyelowo ("Selma", "Le Majordome"…) dirige son premier long, "L’Homme de l’eau", présenté à Toronto en 2020 et désormais sorti sur Netflix. Le récit est centré sur un ado pas tout à fait comme les autres, auquel on s’attache facilement. Avec d’importantes aptitudes intellectuelles, un esprit débrouillard et une imagination débordante, le jeune Gunner a tout de ces enfants à haut potentiel qui sont parfois en décalage avec l’ordinaire : la maturité qui le caractérise sur certains points cohabite avec un mélange d’innocence et de naïveté enfantines, générant un équilibre parfois instable.

Tout semble émotionnellement compliqué pour lui, d’autant qu’il se trouve confronté à une situation familiale douloureuse : d’une part une mère gravement malade, qui tente de le protéger quitte à le sur-couver (cachant notamment la perte de ses cheveux), d’autre part un père militaire (joué par Oyelowo lui-même) qui n’est pas sur la même longueur d’onde que lui. La relation entre père et fils est donc faite d’incompréhensions, provoquant souvent le conflit ou la fuite.

À partir de ce canevas, Oyelowo et sa scénariste Emma Needell auraient pu construire un drame assez classique. Or, le film se place ouvertement sous une influence spielbergienne, sans chercher toutefois à rivaliser avec le maître (louable modestie qui permet d’éviter une mise en scène prétentieuse). Si le décor de la chambre de Gunner fait explicitement référence à "E.T. l’extraterrestre", c’est plus l’ombre des "Goonies" qui plane au-dessus de "L’Homme de l’eau", voire un soupçon de "Hook" (par exemple pour la quête de rédemption du père vis-à-vis de son fils). En guise de « bande de copains », cela se réduit ici à un duo entre Gunner et Jo, une jeune marginale aux cheveux bleus et à la mystérieuse cicatrice qu’il vient à peine de rencontrer en explorant les alentours (et qui cache ses faiblesses et blessures derrière une posture d’arrogante dure à cuire). Quant au trésor, il prend la forme d’un possible remède miracle permettant l’immortalité (tiens, un côté "Indiana Jones et la Dernière Croisade" ?).

Comédie d’aventure teintée de fantastique et de drame social, "L’Homme de l’eau" s’égare parfois en oscillant entre plusieurs tonalités, mais le tout s’avère à la fois divertissant et émouvant, à défaut d’être surprenant côté scénario. On apprécie également les touches d’animation en noir et blanc, véritable ode à l’imaginaire dans un récit qui montre à la fois l’avantage et le risque de se réfugier dans l’irréel quand la réalité paraît désespérante.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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