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LES ÉTERNELS

Un film de Jia Zhangke

Une grande fresque romantique, qui manque un peu de souffle

En 2001, après avoir pris la défense de Bin, son compagnon, chef de gang, Qiao est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, elle part à la recherche de celui-ci, qui semble de ne plus vouloir la voir…

Les éternels film image

Prix du jury à Cannes en 2013 avec "A touch of sin" et grand oublié du palmarès 2015 avec le formidable "Au delà des montagnes", l'auteur chinois Jia Zhang Ke est revenu cette année au festival avec une grande fresque narrant une histoire d'amour contrarié, sur plusieurs dizaines d’années. Éclaté sur plusieurs époques, son récit se situe dans le milieu de la pègre, tout en s’intéressant moins aux exactions ou faits d’armes des uns et des autres (contrairement à un Kitano ou un Johnnie To) qu’à l’union de deux êtres humains, brisée par un vent trop vite tourné.

Peinture de la fidélité sans faille d'une femme (formidable Zhao Tao, tout juste bouleversante), le film permet aussi d’aborder la lâcheté de l’homme, plus à même à composer avec les coups du sort. En trois époques, Jia Zhang Ke saisit également en fond, les mutations de la société chinoise, de la fermeture des mines (qui détruit peu à peu le père de l'héroïne), à la montée des eaux du barrage des trois gorges (entraînant une quatrième période de déplacements qui va commencer...), en passant par les constructions au gigantisme imposant (la balade autour du stade…) et l’esprit d’entreprise galopant.

Par quelques scènes récurrentes de chorégraphies et de danses de salon, il dépeint aussi en toile de fond, l'influence forcenée de l'Occident. Mais au milieu d’un récit qui cherche peut-être à embrasser trop de thématiques, ce sont avant tout les scènes de rapprochement entre ses deux héros qui séduisent. Qu’il s’agisse de se tenir la main par bouteille interposée ou de se retrouver dans une chambre d’hôtel verdie par la lumière d’un néon, chacune porte en elle une imposante charge romantique. Certes moins puissant au niveau émotionnel que son précédent film, "Les éternels" n'en est pas moins une histoire d’amour moderne et déchirante, qui séduira sans doute l’universalité de ses hésitations.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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