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LEOPARDI, IL GIOVANE FAVOLOSO

Un film de Mario Martone

Une fresque pesante avec l'impressionnant Elio Germano

Au début du XIXe siècle, Giacomo Leopardi fait partie d'une fratrie de trois enfants. Devenu un jeune adulte, il s'évade d'une éducation stricte, par la lecture et l'écriture. Mais son père tente toujours de le contrôler, se méfiant des influences de ses potentiels maîtres. Pourtant le jeune homme finira par s'émanciper et vivre une vie d'artiste, en compagnie de son fidèle ami Antonio Ranieri, acteur...

Présenté en compétition au dernier Festival de Venise, ce biopic sur le plus célèbre des poètes italiens avec Dante, a le mérite de s'intéresser bien plus à la solitude de Giacomo Leopardi, et à ses souffrances physiques comme intimes, qu'à la forme de sa poésie. La première partie du film détaille son désir d'écriture et d'émancipation face à un père religieux qui voit pour lui un destin tout tracé et n'envisage nullement de le laisser voler de ses propres ailes. La seconde, après une ellipse de près de 10 ans, période durant laquelle il est devenu un écrivain de théâtre reconnu, pénètre les entrailles de sa principale déception amoureuse, et les motifs de sa mélancholie revendiquée. Enfin la troisième partie s'intéresse à son séjour à Naples, entre épidémie de choléra et maladie qui prend peu à peu le dessus.

Il faut avant tout reconnaître au film ses qualités esthétiques, offrant divers tableaux des plus réussis. On louera partidulièrement la sombre vision de l'arrivée du choléra, de la récupération des morts à l'ambiance enfumée des rues, en passant par l'organisation des bûchers. Mais le film offre bien des séquences marquantes du point de vue visuel, traduisant la défaillance du personnage central, rejeté en amour (la scène de détresse, sur les rives de l'Arno à Florence...), ou sa déchéance physique (la descente dans l'antre des prostituées, lorsqu'il est chassé par des enfants...).

S'il tente d'expliquer l'isolement de l'homme, diminué physiquement (il devient bossu, et souffre en permanence), et de créer un parallèle avec son oeuvre, le scénario ne réussit que difficilement à rendre hommage à la poésie de l'auteur. L'iruption des textes dans le récit paraît bien fastidieuse, et ce sont avant tout les moments où il se sent trahi qui réussissent à apporter de l'émotion, qu'il subisse le rejet d'une femme (Mouglalis, à la beauté fatale, vénéneuse malgré elle), ou que ses pairs lui reprochent ses prétentions et son malheur revendiqué.

L'intelligence du film sera finalement d'opposer cet homme souffrant dans sa chair, avec la nature qu'il en vient à haïr (personnalisée sous forme d'une statue de terre dans une très belle scène...) et la beauté qui lui est innacessible. Malgré de belles idées de mise en scène, comme la vision de l'éruption du Vésuve, ou l'utilisation soudaine d'une chanson contemporaine en anglais, le biopic est malheureusement bien triste, ne rendant que difficilement hommage au verbe du poète ou à son amitié indéfectible avec Antonio Ranieri. Il vaut au final surtout pour le jeu sans faille d'Elio Germano (prix d'interprétation à Cannes pour "La nostra vita"), qui se donne tout entier dans ce rôle d'infirme (pris de malaises réguliers et de douleurs musculaires...) au verbe aiguisé, frustré par son incapacité à être aimé en retour de ses élans. Le récit d'une vraie solitude.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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