Parce qu'on en a jamais assez !

LEARNING TO DRIVE

Un film de Isabel Coixet

Femme blessée

Wendy est une critique littéraire new-yorkaise de renom. Recevant la visite de sa fille, quelques temps après que son mari a décidé de la quitter, elle se résout à prendre des leçons de conduite, pour pouvoir à son tour aller la voir dans sa ferme située dans un état lointain...

Alors qu'elle a, en février 2015, fait l'ouverture du Festival de Berlin, avec "Nadie quiere la noche" (décevant film d'aventures situé dans le Grand Nord), la Catalane Isabelle Coixet propose déjà un nouveau long métrage, dont l'action se passe cette fois-ci à New-York. Récit d'une perte de repères, d'une séparation dans l'incompréhension, le film met en valeur Patricia Clarkson ("Whatever works", "Le Labyrinthe"), comme rarement elle l'a été, en lui offrant un rôle de femme subitement fragilisée par l'annonce de la disparition d'un amour.

Le début du film est sur cet aspect très réussi. Il mêle les questionnements de cette femme, dont le quotidien est devenu solitaire et plein d'amertume, sous forme de scènes représentant les divagations de sa pensée - elle est ainsi obsédée par la question du "pourquoi" et se persuade d'un possible retour de son mari. Puis adoptant son rythme de croisière, le film s'oriente vers une assez classique comédie dramatique autour de la renaissance de cette femme, qui replonge régulièrement dans des espoirs illusoires et qui se doit d'aller de l'avant.

Au travers des relations que son héroïne entretient avec l'Indien qui lui donne des leçons de conduite, la réalisatrice aborde une nouvelle fois le fossé entre différentes cultures (comme c'était le cas entre l’Espagne et le Japon dans "Cartes des sons de Tokyo"). Elle dévoile ainsi progressivement des bribes de la vie privée du professeur interprété par Ben Kingsley (qu'elle a déjà dirigé dans "Lovers" aussi intitulé "Elegy"). C'est cependant ici que le film trouve sa principale limite. Le scénario adopte, en effet, l'angle inattendu d'une tentative de compréhension des mariages arrangés (« Parfois les proches savent mieux que vous qui vous conviendrait », entend-on). Et, dans l'approche de l'immigration, si l'appréhension que peut générer un nouveau pays est bien rendue, on relève d'apparentes incohérences au niveau du traitement des clandestins (la descente de police qui se solde par deux arrestations, mais ne vaut aucun ennui à celui qui les accueille...).

Reste un film qui traite une nouvelle fois, avec justesse et douleur, de la blessure amoureuse, de la difficulté et de l'injustice de la séparation. Isabelle Coixet a presque fait du deuil de la relation une marque de fabrique de ses films, qu’il soit traité frontalement (« Ayer no termina nunca », « Nadie quiere la noche », « Cartes des sons de Tokyo ») ou de manière annexe (« Ma vie sans moi »).

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire