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L'AMOUR EN LARMES

Un film de Charles Sturridge

Une adaptation oubliée d’E.M. Forster

Au début du XXe siècle, Lilia, veuve du fils aîné Herriton, part en voyage en Italie en compagnie de son amie Mademoiselle Caroline Abbott, laissant derrière elle sa fille Irma, en compagnie de sa grand-mère, sa tante et son oncle. Mais à Monteriano, elle fait la connaissance de Gino Carrella. Son beau frère Philip débarque alors pour la persuader de ne pas épouser ce fils de dentiste, sans titre. Mais Lilia a déjà épousé le jeune homme de 21 ans, en secret…

L'amour en larmes film movie

Les romans d’E.M. Forster (1879-1970), dont l’action était située dans l’Angleterre Victorienne, ont donné quelques chefs d’œuvre au cinéma dans les années 80-90, sous la houlette de David Lean ("La Route des Indes") et surtout de James Ivory. Situé justement après "Chambre avec vue" (1986) et "Maurice" (1987), mais avant le chef d’œuvre absolu de ce dernier, "Retour à Howard's End" (1992), "L’amour en larmes" (inédit en France depuis 1991) rembauche la révélation de "Chambre avec vue", Helena Bonham Carter ("Harry Potter", "Alice au Pays des Merveilles", "Le Discours d'un roi") dans le rôle de la dame de compagnie Miss Abbott, et celle de "Maurice" (avec Hugh Grant), Rupert Graves, que l’on a pu voir récemment en inspecteur dans l’excellente série "Sherlock", dans le rôle du beau frère, pour une nouvelle histoire de différences de classes sociales, mettant en scène la fascination pour l’Italie (comme dans "Chambre avec vue") et un destin de femme contrarié (comme dans "Retour à Howard's End"). S’ajoutent à eux Helen Mirren ("The Queen", "La femme au tableau"), dans le rôle principal, et Judy Davis ("Maris et femmes"), dans celui de la belle soeur.

Comme dans la plupart des romans de l’auteur, les thèmes du mariage d’intérêt, de la liberté face aux conventions sociales, de la place de la femme, sont une nouvelle fois présents au travers du scénario. Mais l’intéressant parallèle qui pointe son nez à plusieurs reprises, avec notamment la peur pour la réputation, côté anglais, comme côté italien, est finalement ici réduit au minimal, dans un récit entièrement tourné vers le drame intime, et construit en deux actes autour d’un événement pivot. Magnifiant certains paysages de Toscane, notamment le chemin entre la gare et le village, la photographie n’atteint cependant pas les sommets des films d’Ivory. Et si les membres du casting sont tous parfaitement convaincants, on regrettera seulement le manque de développement de certains points, comme la violence du mari italien, et la présence de dialogues parfois un peu trop explicites. Tout l’art des films de James Ivory était au contraire de jouer sur les non-dits, et "L’amour en larmes", produit il y a 30 ans, s’il résonne comme le souvenir d’une série de grands films en costumes, ne figurera pas parmi les meilleures adaptions d’E.M. Forster.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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