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HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT – 1ère partie

Un film de David Yates

Magie très noire

Alors que Voldemort tient conseil avec les gens influents qu'il a pu embrigader, Harry se retrouve seul dans la maison de son oncle. Le rejoignent alors Hermione, Ron et ses frères, Agrid, Fleur... et bien d'autres, qui vont l'aider à retourner dans le monde de la magie, en évitant de se faire repérer. Pour diminuer les risques lors du voyage, la moitié d'entre eux absorbe une potion qui les transforme... en Harry Potter lui-même...

Enfin ! Enfin David Yates, réalisateur des épisodes 5 et 6 de la saga « Harry Potter » (« L'ordre du phoenix » et « Le prince de sang mêlé ») réussit à nous livrer un film d'une noirceur extrême, qui réjouira sans aucun doute les inconditionnels de la série. Alors que le précédent n'en avait que les artifices, le glacé des superbes décors n'ayant réussi qu'à faire perdre à l'histoire du petit sorcier tout son charme désuet, voici donc Harry Potter en pleines ténèbres, luttant contre les forces du mal, dont le règne semble avoir déjà bien commencé. Car cette première partie de l'adaptation du septième roman de JK Rowlings est clairement placée sous le signe d'un totalitarisme qui s'est immiscé dans les arcanes du pouvoir (le fameux Ministère de la Magie) et de la persécution qui s'en suit vis-à-vis de ceux qui tentent de s'opposer et de démasquer l'ennemi.

Harry, Hermione et Ron entrent donc en résistance, quitte au passage à fomenter quelques actes de terrorisme. Il fallait oser, mais justement, l'intrusion dans le Ministère de la Magie constitue à cet égard un ensemble de scènes durant lesquelles la tension ne retombe jamais. En quête des parties subsistantes de l'âme de Voldemort (les Horcruxes, objets dans lesquels elle se trouve dispersée), sources de son immortalité, les trois compères, en fuite permanente, ne vont pas hésiter à user de camouflages divers, qu'il s'agisse d'une potion permettant de prendre l'apparence d'un autre (la scène de transformation de toute la bande en six ou sept Harry différents est à la fois comique et inquiétante), ou de sortilèges permettant de masquer sa présence aux yeux du monde (voir les nombreux passages dans la nature, devenue le seul refuge).

Le scénario ménage habilement le suspense, faisant planer au dessus des héros de nombreuses menaces, alors que la nature de leur quête se précise. Car le danger peut venir de tous côtés, de chaque camp, tout au moins en apparence. Et comme le précise Ron : « on ne peut faire confiance à personne ». Le metteur en scène utilise à merveille la nuit américaine, pour créer une ambiance nocturne ou nuageuse quasi permanente. C'est d'ailleurs l'une des réussites du film, du point de vue esthétique, arriver à maintenir une réellement cohérence faite d'obscurité, au fil de l'envahissement du monde par celle-ci. Les gadgets magiques sont maintenant porteurs de lumière, comme celui hérité de Dumbledore, que porte en permanence Ron.

De plus en plus habiles, malgré leur ignorance des qualités ou fonctionnements de certains objets qui fait toujours le comique de certaines scènes, nos trois héros sont toujours en alerte et s'avèrent des plus entêtés. Leur maladresse a basculé, avec l'adolescence, dans le registre de l'humain, cela ne manquant pas de provoquer l'hilarité lors de quelques scènes de quiproquos ou de jalousie excessive. Le réalisateur joue de cela, de leur jeunesse et s'offre même le luxe d'une magique et touchante scène de danse entre Harry et Hermione. Une inattendue intimité, entre attirance à peine cachée et complicité de toujours, qui vous tire presque des larmes, de tristesse ou de joie, on ne sait plus trop. Il joue aussi avec les médias et nous compose notamment un très joli passage en forme de conte animé, permettant de mieux relater l'histoire des trois frères, qui viendra expliquer ce que sont en fait les « reliques de la mort ». De toute son implacable noirceur, cet « Harry Potter 7 », dont on verra la deuxième partie en juillet prochain, laisse augurer du meilleur pour le dénouement de la saga. Autant dire qu'on piaffe d'impatience.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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