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LA FEMME DE MON FRÈRE

Un film de Monia Chokri

Un premier film féministe, que chacun ne trouvera pas forcément drôle

N’ayant finalement pas décroché son poste à l’université, suite à l’obtention de son doctorat, Sophia devient quelque peu aigrie et, pour mieux survivre, se réfugie dans sa complicité sans faille avec son frère Karim. Mais lorsque celui-ci l’accompagne pour qu’elle subisse un avortement, il fait la connaissance d’une jeune médecin qui semble le trouver fortement attirant…

La femme de mon frère film image

L'actrice Monia Chokri, découverte chez Xavier Dolan dans "Les amours imaginaires" et "Laurence Anyways" (également à l’affiche de "Réparer les vivants"), passe pour la première fois derrière la caméra pour une comédie dramatique centrée sur une jeune femme partageant l'appartement de son frère, mais qui voit ce dernier s'éloigner un peu, suite à sa rencontre avec une belle et intelligente médecin. Certainement un peu influencée par le jeune réalisateur québécois, elle nous entraîne dans un tourbillon de dialogues, mêlant les pensées de sa paumée d'héroïne en voix-off à des paroles souvent omniprésentes et speed, et convoquant en même temps une agitation visuelle, tout comme une certaine manière de s'expliquer... en gueulant.

Coup de cœur du jury Un certain regard au dernier Festival de Cannes, le film fait le pari, risqué, de trouver son public lors de la fête du cinéma. Il faut dire que dès le joyeux bordel du début (une scène surréaliste où des examinateurs s’engueulent avec mépris), Anne-Elisabeth Bossé fait sien le cynisme de l’auteure, la boulimie verbale traduisant sa fragilité et son instabilité. Si la complicité avec le frère est parfaitement crédible, la récurrence de leur jeu des choix alternatifs (« tu choisirais ça… ou ça ? ») devient rapidement pénible, et l’on a surtout du mal à croire qu rebondissement dans la rencontre avec l'ami « sage femme » de la médecin.

Le film réserve tout de même quelques beaux moments, qu'il s'agisse de celui de la rencontre avec la médecin ou des scènes de repas avec des parents « divorcés mais amoureux ». C'est d'ailleurs à ces moments là que les plus belles idées de mise en scène surgissent, d'une soudaine géométrie colorée trouvée au travers d'un couloir (en opposition avec l'aspect haché et bordélique de la vie de l'héroïne), à une façon de filmer les reflets des personnages sur la surface d’une table en verre ou leur visage depuis le dessous. Au final ce portrait d’une jeune femme en difficulté, s’il ne séduit pas totalement, a le mérite de mettre en avant quelques beaux moments de maladresse et d’affirmer quelques valeurs féministes (notamment autour de la figure de l’enfant).

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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