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L.A. ZOMBIE

Un film de Bruce LaBruce

SDF: morts vivants urbains

Un zombie de couleur bleuté sort de la l'océan. Il est recueilli par un surfeur, apparemment non rebuté par son aspect, qui le fait monter dans sa voiture. Quelques instants plus tard, la voiture sort de la route, et le conducteur est tué. Le zombie le baise alors, au travers de ses blessures, le ramenant ainsi à la vie...

Bruce LaBruce (découvert avec l'éprouvant « Hustler White » en 1997), un an après avoir présenté au Festival de Berlin « Otto, or up with dead people », remet le couvert avec une nouvelle histoire de zombie gay. Quelque part entre film d'horreur et film érotique, voire pornographique, il offre à François Sagat (acteur porno, justement, plutôt convaincant dans « Homme au bain » de Christophe Honoré), un nouveau rôle. Celui-ci adopte un air hébété, une peinture bleutée sur le visage et certaines parties du corps, qui fluctuent en fonction de ce qu'on devine comme étant son état psychique, et s'en va dans les rues de Los Angeles, en quête d'une certaine humanité.

La vie urbaine est ici montrée comme une jungle, où au sens propre comme au figuré, on baise les autres, pour s'en sortir, ou ici pour les faire revivre. Le fait de « baiser » est finalement ce qu'il reste d'humain, de contact, d'entraide. Devenu SDF, notre zombie nous offre quelques scènes mémorables, mais fortement répétitives, avec des cadavres issus des violences urbaines, qu'il récupère et dont il pénètre les blessures, qu'elles soient situées sur le ventre, dans le dos... ou sur le crâne. Et Bruce LaBruce ne nous épargne rien, des plans sur les orifices ou sur l'énorme sexe noir de son héros, se terminant en pointe (ou en « corne » histoire de souligner le coté interdit ou démoniaque) et jouissant du sang.

Faut-il voir là dedans un film politique, dénonçant la situation des SDF – les nouveaux morts vivants urbains - , et les violences urbaines. Faut-il y lire une critique de la décadence de l'industrie du X, dont le public est de plus en plus avide de production violentes – SM, bondage, torture ? On ressort de la projection, qui ne dure qu'1h03, plutôt perplexe. Une chose est sûre, Bruce La Bruce, comme Christophe Honoré, aime la plastique de François Sagat, qu'il film sous tous les angles, et il possède un sens de la provocation hors paire. Dans son désir d'allier Porno et Zombie-movie, il s'offre au passage quelques rares séquences surréalistes et plutôt bien vues, comme lorsqu'il dilate l'intérieur du carton d'un SDF pour donner du « confort » à ses interpètes. De là à ce qu'un message politique apparaisse clairement... et de là à ce Bruce LaBruce soit un réalisateur fun, il y a un fossé. « LA Zombie » aurait dû être amusant, absurde jusqu'à l'excès. Au final, il est plutôt terne et répétitif. Dommage.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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