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HYGIÈNE SOCIALE

Un film de Denis Côté

Un séduisant exercice de style

Antonin doit faire face à sa sœur Solveig qui lui reproche son attitude, à son épouse Églantine qui lui reproche son infidélité, à Cassiopée, maîtresse potentielle qui le fait mariner, à Rose, une représentante du Ministère du revenu, qui lui réclame de l’argent, mais aussi à Aurore, une étudiante en théologie qui travaille chez McDo…

Hygiène Sociale film movie

Habitué de la Berlinale où il a présenté des récits aux personnages forts et étranges ("Vic + Flo ont vu un ours", "Boris sans Béatrice"), le Québecois Denis Côté, après une incursion intriguante dans le domaine du fantastique ("Répertoire des villes disparues"), revient à un portrait d’homme cette fois-ci pas arrogant comme Boris, mais roublard et beau parleur. Avec des plans fixes sur des champs et autres décors naturels bucoliques, mettant en scène des personnages quasi immobiles, déclamant leurs dialogues dans des joutes verbales, le dispositif rappelle celui du film "Ouvriers, Paysans" de Straub et Huillet.

Mais Denis Côté joue d’abord le décalage de langage, avec des expressions modernes envahissant des tirades correspondant aux costumes d’époque, puis le décalage dans les époques elles-mêmes au travers de l’utilisation de tenues modernes, symbolisant la fonction ou la classe sociale de certains personnages féminins : tailleur bourgeois rose pour Rose, l’inspectrice du fisc, jeans et t-shirt pour Aurore, l’étudiante qu’Antonin a volée. Loin d’être un hommage à l’exercice de style sans imagination signé Straub et Huillet, le film de Denis Côté insuffle autant de fantaisie que de réflexions légères sur les rapports homme/femme, au travers de dialogues assez délicieux.

En découle un portrait sans concession d’un Don Juan sur le retour, prétentieux (« je suis l’affaire du siècle »), sans pitié envers les autres, qui ne mâche pas ses mots, manie l’euphémisme avec délectation (son complice Michel pue car en fait il « résiste à la savonnette »), aux qualités souvent douteuses (« tu sens bon, tu parles allemand, tu fais la cuisine »…), qui bataille rude face aux cinq personnages féminins. Au final, l’exercice de style prend vite un tournant ludique et amusant, le spectateur attendant le prochain dialogue incisif, ceci avec un certain ravissement.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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