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L'HOMME QU’ON AIMAIT TROP

Un film de André Téchiné

Victime de l’actualité

Agnès Le Roux rentre des États-Unis et rejoint la résidence familiale à Nice où sa mère, Renée Le Roux, s’occupe du casino le Palais de la Méditerranée. Aidée par son avocat conseil, Maurice Agnelet, cette dernière doit faire face aux agissements de Jean-Dominique Fratoni qui veut sous sa coupe tous les casinos de la Riviera…

Présenté Hors compétition au Festival de Cannes 2014, le dernier Téchiné s’inscrit dans une tradition « Deneuvienne » et biographique. C’est la septième fois que le réalisateur de "Ma saison préférée" retrouve son actrice fétiche et, après les récents "Les Témoins" et "La Fille du RER", c’est à nouveau l’Histoire qu’il convoque pour traiter ici une des affaires les plus mystérieuses de notre pays : la disparition en 1977 d’Agnès Le Roux et la culpabilité présumée de Maurice Agnelet autour d’une histoire d’argent et de casino en pleine Riviera.

Téchiné prend donc prétexte de ce tragique fait divers, toujours non résolu à ce jour, pour traiter une histoire très shakespearienne – faite de trahison, d’amours impossibles et tourmentées, de crime et de vengeance –, et ainsi réaliser un grand film d’amour dramatique. Sauf que ce grand film attendu ne sera finalement qu’une promesse vaine, tant le souffle dramatique est absent et la platitude de la mise en scène décevante.

Sur le fond de l’affaire, on apprend à mieux connaître les protagonistes et leurs motivations. Téchiné prend ici plaisir à nous montrer que la réalité dépasse parfois la fiction. Le scénario fait donc apparaître les sentiments exacerbés d’Agnès Le Roux pour l’avocat de sa mère. Adèle Haenel est magnifique dans ce rôle de jeune fille riche d’abord forte et sûre d’elle puis se révélant de plus en plus fragile, au fur et à mesure des sentiments amoureux qu’elle éprouve pour Maurice Agnelet et qui la submergent. Ce petit avocat, sans grand talent, au charme et à l’assurance déconcertants, est présenté comme un vil manipulateur, ce que s’accordent à dire tous les témoins de l’affaire. Guillaume Canet, cet homme qu’on aimait trop, s’amuse à jouer sur les deux tableaux de la séduction et de l’intoxication, devenant le poison de la famille Le Roux après avoir été à ses côtés et avant d’être désavoué par celle qui tient les rennes du casino le Palais de la Méditerranée. Renée Le Roux, la mère, est présentée comme une femme forte, au caractère bien trempé, qui sait ce qu’elle veut et dont toute la nuance est à chercher dans ses motivations : elle est, en effet, davantage déterminée à faire tomber Maurice Agnelet – plutôt que de faire éclater toute la vérité – aveuglée par son ressentiment !

Téchiné décortique méticuleusement ses personnages et les exploite à bon escient. On se rend bien compte que le fait divers, qui court sur plus de trente ans, ne l’intéresse pas autant que les relations qui ont poussé à cette disparition. Point de révélation, peu d’explications sur les hypothèses mafieuses ou politiques, pas d’interrogatoires de police, ni de garde-à-vue. La dernière partie semble bâclée avec une longue scène de procès sans saveur et dont le dénouement est proprement contredit par les dernières actualités d’avril 2014, stupéfiantes, et qu’un simple texte avant le générique final rappelle. De quoi malheureusement laisser le spectateur sur sa « fin »…

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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