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HARRAGAS

Un film de Merzak Allouache

Etat d'un lieu d'où l'on ne souhaite que partir

Dans le port d'une ville d'Algérie, deux amis se préparent pour la traversée de la Méditerranée, direction l'Espagne, grâce à des passeurs. La petite amie de l'un d'eux décide de les suivre...

Avec minutie et force détails, Merzak Allouache (« Bab el web », « Chouchou ») décrit le parcours du combattant de deux amis pour traverser en bateau la méditerranée, depuis un port d'Algérie (Mostaganem) jusqu'aux cotes d'Espagne. Politique et poétique, son film pose bien les aspirations de toutes les classes sociales, des plus éduqués (étudiants comme flics ou religieux...) aux plus pauvres (paysans et peuplades du Sahara), de tous les sexes (la copine de l'un des deux s'incruste), à vouloir partir d'un "pays devenu prison".

Mais le réalisateur ne pointe pas directement de responsable du destin de ces migrants clandestins, souvent fatal, désignant à la fois les intégristes musulmans et les autorités des pays qui ceinturent la Méditerranée. Il s'interroge surtout sur les divisions de son peuple, qui est devenu incapable d'apprécier sa propre richesse. Il fait d'ailleurs dire à l'un de ses personnages, à propos du rejet dont ils peuvent faire l'objet à l'extérieur, qu'ils "se déteste(nt) les uns les autres... pourquoi quelqu'un (les) apprécierait".

Faisant du manque de considération la principale cause du manque de liberté, mais préférant étrangement au dénouement, le politiquement correct, le réalisateur n'évite pas certaines lourdeurs (le gars qui écoute le coran sur son lecteur MP3, le flic qui a souffert à cause des intégristes...). Mais celles-ci sont heureusement contrebalancées par un final qui vous submerge d'émotion, enfonçant le clou d'un pessimisme jusque là peu prononcé.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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