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GRIGRIS

 

POUR : Niveau 3 - Hymne à la persévérance

Souleymane, alias Grigris, a de la chance : malgré un handicap à la jambe, il est doté d’un don pour la danse et enflamme régulièrement les pistes de la boîte de nuit de son village. Or deux événements viennent troubler sa douce quiétude : sa rencontre avec la belle prostituée Mimi, qui rêve de devenir mannequin, et l’hospitalisation imprévue de son beau-père, qui n’a pas les moyens de se faire soigner…

Trois ans après "Un homme qui crie", qui était déjà présenté en compétition du festival de Cannes, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun est revenu cette année sur la Croisette avec un long-métrage sans doute moins abouti formellement, mais à la portée plus universelle. Ce récit d’un homme issu d’un milieu plus que humble, que rien – pas même son handicap physique – ne parvient à freiner dans la réalisation de son dessein, à savoir la conquête d’une femme trop belle pour lui et le sauvetage de son beau-père moribond, tient davantage de la fable humaniste que du film social. Ce qui, fatalement, en touchera plus d’un.

Visuellement, le film n’est pas exempt de faiblesses. Outre quelques belles scènes oniriques (la première expédition de Souleymane pour gagner de l’argent via un réseau de trafic d’essence, le rapprochement qui s’opère entre lui et Mimi dans la boîte de nuit, les shows de danse endiablée où son corps semble littéralement habité par un autre…), il atteint rarement la grâce espérée et se retrouve même parfois plombé par sa direction d’acteurs, plus qu’approximative. Très linéaire dans sa trame, il n’évite pas les platitudes et se montre assez avare en émotions. Néanmoins, il s’en dégage un souffle de folie douce, une pugnacité qui impressionne, captive même.

Le personnage de Souleymane – Grigris – campé par un acteur amateur réellement handicapé, en est le principal catalyseur. Son physique, mis à l’épreuve dans les numéros de danse, mais aussi dans ses tentatives de faire face aux diverses hostilités qu’il rencontre, crève l’écran à chaque plan, hypnotisant le spectateur sans jamais le mettre mal à l’aise pour autant. Parce qu’il porte chance à son hôte, envers et contre tous, et le nourrit d’un courage sans limite, ce physique amoindri s’avère finalement être le personnage principal du film, que l’on ne quitte pas des yeux. Il faut ainsi le voir faire front, se briser, tomber puis se relever, inlassablement. Jusqu’à un final où, laissant place à un formidable élan de solidarité des individus qui l’entourent, il finit par s’effacer.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

Le réalisateur tchadien de "Un homme qui crie", prix du jury au Festival de Cannes 2010, est revenu sur la Croisette cette année pour présenter son nouveau conte social, "Grigris", du nom de son héros, un homme ayant une malformation à une jambe, et qui pour gagner sa vie, se donne en spectacle en boite la nuit et joue les photographes dans une petite échoppe le jour. Persévérant, le sourire accroché au visage, cet homme courageux, malgré son handicap, force d'emblée l'admiration. D'autant qu'il évolue dans un contexte social difficile, et doit faire face aux ennuis de santé de son beau-père, alors qu'il tente en même d'approcher une apprentie top-modèle en apparence inaccessible.

Le problème fondamental de "Grigris" est que Haroun Mahamat-saleh ("Daratt") semble ne pas réellement parvenir à choisir entre plusieurs histoires qu'il développe en alternance. Entre la quête d'une vie meilleure pour un jeune homme que la nature a d'emblée désavantagé (Grigris rêve d'un véritable statut social, et d'une femme, aussi belle, voire plus, que celles des autres...), la nécessité de trouver des sommes d'argents disproportionnées l’entraînant dans le monde dangereux des trafiquants d’essence, et une fuite dans une Afrique rêvée où l'homme irresponsable n'est plus, il semble hésiter.

Du coup il tente un mélange peu convaincant entre conte social et thriller, sans non plus opter réellement pour un genre. Le film commence ainsi à la manière d'un conte sur le handicap (Grigris, le héros, est sensé avoir de la chance, comme son nom l’indique...) avant de se confronter à la réalité d’un monde où l’argent facile n’est pas sans dangers. En parallèle s’esquisse alors un film de gangsters avec quelques scènes de trafic qui créent par moments une réelle tension (la première scène de passage de la frontière à la nage, avec des jerricanes devenant bien pesants une fois que l’on pénètre dans les sombres égouts de la ville d’en face...), alors qu’elles tombent à d’autres moments dans le ridicule (la poursuite en voiture avec les flics aux basques, qui ne prend aucune ampleur...). Enfin, il bascule dans l’œuvre plus social avec le thème de l’acceptation de la femme prostituée dans la société africaine, et la nécessité de reconstruire une société, ailleurs.

Assez déséquilibré, "Grigris" est donc un film inégal, capable de toucher par la nature lunaire de son personnage central, ou par sa conclusion en forme d’hymne au pouvoir des femmes, comme d’agacer par ses tentatives ratées de scènes d’action, ou par l’interprétation approximative de son actrice principale, au demeurant magnifique. La poésie espérée n’est donc pas vraiment au rendez-vous.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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