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UN HOMME QUI CRIE

Déchéance sociale

Adam est le maître nageur de la piscine d'un hôtel de luxe. Quand il doit laisser la place à son fils lors du rachat de l'hôtel par des repreneurs chinois, il vit très mal cette situation, qu'il considère comme une déchéance sociale. Le Tchad est alors en proie à la guerre civile, et les rebelles armés menacent le pouvoir en place. Le gouvernement, en réaction, fait appel à la population pour un «effort de guerre», exigeant d'eux argent ou enfant en âge de combattre les assaillants...

Après treize ans d'absence révélateurs au sein de la sélection officielle, « Un homme qui crie » marque le retour d'un film africain parmi la crème de la crème des présentations cannoises. Certes, Mahamat Saleh Haroun n'est pas un inconnu de la Croisette, puisqu'après avoir raflé un prix pour son tout premier court métrage au Festival "Vues d'Afrique" en 1994 et remporté deux prix au Festival de Venise cinq ans plus tard pour son premier long-métrage, « Bye Bye Africa », le réalisateur tchadien a débarqué à Cannes en 2002 pour présenter « Abouna (notre père) » à la Quinzaine des réalisateurs, avant que son troisième film, « Darrat » (saison sèche) ne remporte le Prix spécial du Jury du Festival de Venise.

Malheureusement, « Un homme qui crie » ne se montre pas à la hauteur du palmarès d'Haroun. Le message du réalisateur n'est pas clair, et l'absence de dialogues n'aide pas à le clarifier, en plus d'ajouter au film des longueurs répétées. Entre la perte des valeurs familiales, de l'identité africaine, les conséquences dramatiques de la guerre au Tchad, quel fût donc le message qu'a souhaité transmettre Haroun ? Impossible de distinguer des intentions précises au milieu de ce mélange parfois confus, capable de frustrer un public des plus attentif. Frustré d'autant plus que le film sait offrir un spectacle autrement plus séduisant par moments, malheureusement trop rares. Outre la beauté purement visuelle de certaines scènes – par ailleurs exclusivement tournées au Tchad – la sensibilité et l'émotion transmises par la belle performance de Youssouf Djaoro transforment véritablement le film lors des dernières minutes. Hélas trop tard pour faire du film une réussite, mais visiblement suffisant pour les membres du jury du Festival de Cannes qui lui ont attribué leur Prix du Jury. « Un homme qui crie » n'est pas un ours qui danse, nous dit Mahamat Haroun, dans le titre français complet. Malheureusement pour lui comme pour nous, « Un homme qui crie » n'est pas non plus le joyau si longuement attendu du cinéma africain.

Cyriac SchmitEnvoyer un message au rédacteur

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