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GENIUS

Un film de Michael Grandage

Insupportable cabotinage

1929, le célèbre éditeur Maxwell Perkins, qui a révélé F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, s'apprête à découvrir Thomas Wolfe, un auteur à la personnalité très particulière, qui ne sait pas faire dans la concision...

"Genius" fut l'une des plus grosses déceptions du 66e Festival de Berlin, laissant au spectateur l'impression d'un casting quatre étoiles sacrifié sur l'autel du cabotinage et d'un scénario alignant toutes sortes de clichés sur l'écriture et le désir de vivre. Il faut dire que Jude Law cabotine jusqu'à l'insupportable dans le rôle d'un Thomas Wolfe incapable de maîtriser son flot créatif et ses supposés élans de vie l'emmenant dans toutes sortes d'excès et de fêtes surjouées. Colin Firth, qui joue l'éditeur, est apathique au possible, se contenant de regards de réprobation ou d'étonnement, comme s'il n'était parfois même pas dans la pièce. Quant à Nicole Kidman, elle est tout simplement ridicule en maîtresse sujette à des excès d'angoisse ou de colère soudains.

Dirigés par Michael Grandage, metteur en scène de théâtre reconnu, qui réalise ici son premier long métrage, ces interprètes de renom se fourvoient ici dans un scénario qui aligne tous les poncifs du genre : le tourment de la création, la complicité virile entre un jeune homme incontrôlable et un mentor empli de sagesse (forcément lui est marié avec enfants, pendant que l'autre s'amuse), les soirées enflammées où la fête devient une règle au suspense de la parution des critiques, sans oublier la jalousie des auteurs connus ou le supplice de devoir couper du texte dans son manuscrit.

Comme "Sur la route" de Walter Salles, le film échoue lamentablement à communiquer son message principal : la nécessité de profiter de la vie le plus possible. Alignant les scènes de relecture profondément caricaturales et celles de comédies improbables (les échanges de télégrammes), "Genius" esquisse sur le tard le contexte historique de la crise de 29 en daignant enfin montrer les files d'attente et la soupe populaire. Ajoutez à cela la scène, totalement artificielle, dans le club de jazz, où l’on tente de forcer l'adhésion du spectateur, et vous aurez une idée de l'ampleur du naufrage.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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