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FRERES D'ITALIE

Un film de Mario Martone

Révolution italienne sans véritable souffle

Salvatore et ses deux frères décident d'adhérer à la Gioveni Italia. Il font des lectures de textes sur la Révolution française. Leur mère, elle, aide les rebelles. Ce qui n'est pas sans danger, car les ennemis du Roi sont régulièrement décapités, leurs têtes étant ensuite plantées sur des pieux. Mais les trois frères de s'engager vraiment dans la lutte, à commencer par joindre une princesse exilée en France, auprès de laquelle la Révolution italienne pourrait bien trouver des fonds...

"Noi credevamo" de Mario Martone était l'un des films italiens en compétition au Festival de Venise 2010 les plus attendus. Parce que son film d'une durée de 3h24 traitait de la révolution italienne, ou plutôt des tentatives d'unifications de l'Italie. Au travers de l'histoire de deux frères issus de la bourgoisie (Domenico et Angelo), et de leur ami, fils du métayer (Salvatore), Martone évoque près de 40 ans de l'histoire de l'Italie, au cœur du 19ème siècle, sans malheureusement éclaircir réellement le contexte, ni les relations entre les révolutionnaires français et italiens, pour ceux qui comme la plus part d'entre-nous, n'ont pas de bases suffisantes en Histoire de « la botte ».

Le réalisateur choisit de découper son film en quatre parties, une correspondant à chacun des « héros », puis la dernière se concentrant sur la lutte armée. Mais il laisse malheureusement trop de places aux dialogues et tractations, aboutissant à une œuvre qui manque cruellement de souffle. On s'intéresse bien entendu à la perception de Napoléon (III), oppresseur qu'il faut éliminer, et aux reproches faits aux français de plus parler qu'agir et de ne jamais être présents quand on a besoin d'eux. Mais l'épique est aux abonnés absents.

Le manque de moyens de cette production fleuve, financée par différentes télévisions publiques d'Europe, paraît d'ailleurs évident dès la première scène de bataille, totalement éludée sous prétexte d'incendie volontaire. La scène se déroule ainsi quasi entièrement dans la fumée, ne donnant à voir que quelques silhouettes de cavaliers ou quelques combattants en pleine action. Le choix de faire la part belle aux dialogues plutôt qu'à l'action aurait mérité plus de données sur le contexte, et même si l'on apprend beaucoup sur Orsini, Garibaldi ou Massini, seule la tentative ratée d'assassinat de Napoléon III fait office de climax. Bref, malgré la présence de la crème des acteurs italiens (le personnage du torturé Angelo, interprété par Valerio Binasco est un modèle de folie progressive due à la paranoïa et à la culpabilité), tout cela reste bien obscure au regard du spectateur lambda.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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