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FATIMA

Un film de Philippe Faucon

La réintégration

Fatima est femme de ménage. Elle vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente rebelle au comportement imprévisible, et Nesrine, 18 ans, qui commence avec succès ses études de médecine. Son quotidien est difficile : elle parle mal le français – ce qui cause quelques soucis dans ses rapports avec ses filles – et travaille avec des horaires décalés. Tout bascule le jour où elle chute accidentellement dans un escalier…

On ne pourra pas dire que le cinéma de Philippe Faucon soit du genre à nourrir des idées fausses ou fantasmées sur l’état du système hexagonal. La dernière fois que le cinéaste franco-marocain s’était imposé en salles, c’était avec "La Désintégration", drame choc au constat fort et réaliste sur la radicalisation fanatique et religieuse de jeunes banlieusards. Un film qui sonne aujourd’hui comme un signal d’alerte hélas très peu entendu à l’époque, annonçant malgré lui de façon quasi prémonitoire les attentats de janvier 2015. Au vu de cette actualité tout sauf joyeuse, on s’attendait naïvement à le voir lancer un nouveau signal d’alerte, et c’est pourtant l’exact inverse qui se produit. Tout aussi réussi et sincère que "La Désintégration", mais cette fois-ci débarrassé de son pessimisme, "Fatima" se révèle être un beau film, à la fois juste et profondément positif, mû par une énergie et une force de vie en tous points rafraîchissantes.

La très courte durée du film (à peine 1h15 !) ne permet pas à Faucon d’englober quelque chose de très vaste vis-à-vis de la condition maghrébine en France, et ce n’était sans doute pas son intention. Axé en majorité sur le thème de la transmission, le film se compose en effet de petites tranches de vie circonscrites à une cellule familiale précise et capturées un peu à la manière d’un Kechiche, certes sans la même quête d’épuisement de l’action dans la durée, mais toujours au plus près de ses personnages. Faucon s’autorise même quelques parenthèses d’humour qui dédramatisent chaque situation un tant soit peu tendue, contourne les clichés du genre avec habileté (pas un seul personnage du film n’hérite d’un statut de « salaud ») et fait preuve d’un humanisme à toute épreuve, toujours chaleureux et accessible. Avec, au centre de cette histoire simple, une femme digne nommée Fatima, qui encaisse avec courage, qui assume avec détermination, qui persiste avec espoir. On ne l’oubliera pas, même après que le générique de fin soit tombé.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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