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EXILE

Un film de

Chef d'oeuvre

Alors que les membres d'un gang attendent le retour chez lui d'un homme qu'ils doivent abattre, ceux-ci s'aperçoivent qu'ils ne sont pas seuls. La police guette à proximité, tout comme les membres d'un autre gang...

Johnnie To, réalisateur asiatique des plus prolifique (on a découvert à Cannes, il y a quelques mois, son "Election 2", un an après "Election 1") nous revient avec un western moderne des plus réjouissant. Usant de plans calibrés sur mesure, peaufinant une fluidité des mouvements de caméras déjà fort maîtrisés, il utilise de nombreux ralentis à bon escient, provoquant des rictus amusés dans les pires situations. Et dans son scénario foisonnant, il y en a bon nombre, calées entre deux rebondissements. Accumulant les références aux westerns, il réussit à la fois des scènes d'actions sublimes, à l'irréalisme esthétisant, comme de belles et fortes ellipses sur l'amitié.

On croit à la complicité qui lie ces amis de jeunesse, se retrouvant autour d'un "contrat", et l'émotion nous étreint alors qu'ils cherchent à protéger l'un des leurs, sa femme et sa toute jeune fille. Le scénario prend en permanence à contre-pied les situations classiques du genre, et Johnnie To fait une utilisation intelligente de certains codes, comme les cigares, symboles de position de chef dans les gangs mafieux, ou l'harmonica et la cigarette, signes de la nonchalance du cow-boy. Sauf que cette fois-ci les cow-boy vivent dans le Far East.

Avec un véritable plaisir, on va donc de surprise en surprise avec ce film, qui n'hésite devant aucun effet de style, ni aucune destruction de mythe. Chez Johnnie To les héros sont corruptibles et les mafieux ont un coeur plus grand que leurs poignards ou armes à feu. Du grand cinéma, qui malheureusement est reparti de Venise sans un prix, mais qui devrait trouver sans difficulté son public.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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