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DEMOLITION

Difficile processus de deuil

Ayant récemment perdu sa femme Julia dans un accident de voiture, Davis prend comme prétexte une lettre de réclamation à une compagnie de distributeurs automatiques, pour raconter des bribes de sa vie. Il va alors faire la connaissance de la responsable du service clients, intriguée et inquiète du fait de ces étranges « confessions »...

Qu'est-ce qui relie encore chacun de nous à l'existence lorsque l'on perd quelqu'un de cher ? Qu'est-ce qui réussit à nous arracher un sourire ? Voilà le sujet du nouveau film du canadien Jean Marc Vallée, réalisateur de films d'auteur comme « CRAZY » et le bouleversant « Café de Flore », avant de devenir un metteur en scène en vue à Hollywood, où il a rencontré le succès avec « Dallas Buyers Club » et un relatif échec avec « Wild ». Mise en scène sensorielle, proche des personnages, l'homme est avant tout un formidable directeur d'acteurs, qui a révélé Marc André Grondin, avant de permettre à Matthew McConaughey et à Reese Witherspoon, de se transcender, respectivement en malade du Sida combatif et en femme blessée en pleine remise en cause.

C'est maintenant au tour de Jake Gyllenhaal de nous livrer une de ses meilleures prestations, dans le rôle d'un jeune veuf, personnage dont l’ambiguïté est maintenue tout au long du film. Mari aimant ou banquier égoïste et sans âme, son parcours prend une drôle de tournure alors qu'il utilise des lettres à un service de réclamations pour se confier, et qu'il se met à décortiquer tous les objets qui lui passent par les mains. La parabole de la déconstruction est assez bien vue, et le scénario de « Demolition » nous entraîne sur des sentiers inattendus, provoquant tour à tour étonnement, écœurement et émotion.

Côté mise en scène, après la scène choc de l'accident, l'écriture des lettres devient support de flash-backs, permettant d'éclairer par bribes, forcément partielles telles des souvenirs, la vie d'avant, la rencontre, le bonheur, les petites erreurs liées au quotidien. Accompagnant le survivant, la caméra se fait aussi attentive à une multitude de détails, éludant ses crises de « démontage », jusqu'à laisser poindre la signification du titre, « démolition ». Et dans le contact avec cette femme compréhensive responsable réclamation (Naomi Watts) et son fils, c'est sa gestion du deuil qui s'affirme peu à peu, intelligemment, à l'inverse de celle du père de sa femme (Chris Cooper, poignant), qui se dessine. Un film d'une rare originalité, aussi cérébral que touchant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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