Festival de Venise 2019 banniere

DARK PLACES

Intrigue solide, narration bancale

1985. Libby Day n’avait que huit ans lorsqu’elle a assisté au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant aura désigné son frère Ben, alors âgé de seize ans et déjà sujet à de nombreux comportements suspects, comme étant le meurtrier… 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelé le Kill Club convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités vont émerger, remettant en cause son témoignage clé dans la condamnation de son frère…

Au rayon des cinéastes adeptes du grand écart improbable dans leur carrière, Gilles Paquet-Brenner ne serait sans doute pas le moins bien placé. Après avoir démarré dans le produit formaté W9, tantôt drame trash post-Despentes ("Les jolies choses") tantôt buddy-movie à la sauce gangsta-rap ("Gomez et Tavarès"), le bonhomme s’est ensuite retrouvé aux commandes d’un curieux suspense en plein soleil ("U.V"), d’un drame sur la rafle du Vel d’Hiv ("Elle s’appelait Sarah") et d’une commande américaine toujours inédite en France ("Walled in"). Des choix de carrière pas toujours glorieux, mais assez intrigants. Et aujourd’hui, le voici aux manettes, ni plus ni moins qu’une adaptation de Gillian Flynn – un genre très bankable depuis le triomphe de "Gone Girl" – avec Charlize Theron comme actrice principale et productrice bienveillante. Toujours pas de surprise à l’horizon : Paquet-Brenner continue de tracer sa route comme faiseur multitâches, avec suffisamment de maîtrise pour rendre le résultat captivant à suivre.

Le verdict concernant "Dark Places" est très simple : son scénario est à la fois sa plus grosse force et sa plus grosse faiblesse. Une force parce que Paquet-Brenner fait preuve d’un sacré talent pour créer la surprise et révéler ses informations au compte-gouttes, histoire de maintenir l’attention du public à chaque instant – on ne sent jamais le temps passer. Une faiblesse parce que sa narration, limitée à une suite d’allers-retours entre deux plages temporelles (un passé glauque d’un côté, une enquête délicate de l’autre), n’arrive pas à intégrer chaque flash-back par un vrai motif de découpage. Comprenons par là que chaque retour en arrière surgit sans prévenir au milieu d’une scène, sans le moindre plan ou champ qui installerait une rupture. Totalement artificiel en soi, le scénario n’est donc bâti que dans une logique de pure investigation, et en aucun cas en fonction des investigations effectuées dans le présent par l’héroïne – une Charlize Theron une fois de plus prodigieuse. Difficile de passer outre un tel détail, mais si l’on accepte de se contenter d’une intrigue qui tient en haleine, Paquet-Brenner fait le taf avec soin. C’est toujours ça.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire