Bannière Festival de Berlin - Berlinale 2020

THE CUT

Un film de Fatih Akin

Un film tiède, loin de l'épopée attendue

Réquisitionné par l'armée turque, Nazaret Manoogian, forgeron arménien, se retrouve aux travaux forcés. Survivant par miracle à une exécution, il part à la recherche de sa femme et de ses deux filles...

L'auteur de "De l'autre côté", de "Head on" et de "Soul Kitchen" était attendu au tournant au Festival de Venise 2014, où il présentait son film sur le génocide arménien. L'intention était noble (d'autant que le réalisateur est lui-même allemand né de parents turcs), portée par le désir de montrer la souffrance et la désolation, la séparation des familles, les exécutions arbitraires, l'extermination des hommes adultes et la famine savamment organisée. Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur des espérances car le choix du récit de la destinée d'un jeune arménien, isolé de sa famille et ballotté de ville en ville, s'il place le film du côté de la quête, épique et désespérée, contraste avec l'aspect pompeux de nombreuses scènes, le réalisateur ne ménageant pas ses effets et cherchant le drame à l'excès.

Le choix d'un tournage en langue anglaise est certainement le premier reproche que l'on peut faire au film. La multiplicité des langues aurait paradoxalement permis de clarifier le récit et les peuples en présence. Le second réside en l'apparente pauvreté des dialogues, souvent simplistes voire expéditifs, le personnage devenant mutique lorsqu'il en vient à questionner sa foi et à maudire Dieu (ses cris sont alors non audibles pour le spectateur). Vient alors le terrible paradoxe de ce film, qui tente de montrer l'horreur d'un génocide mais refuse d'aborder la question de la religion, préférant éluder le rapport à la foi en ménageant la chèvre et le chou. Cela donne ainsi quelques scènes maladroites, qu'il s'agisse des interminables suppliques de la belle-sœur dans un mouroir à ciel ouvert ou du dialogue appuyé sur la religion autour de la croix que le héros a au poignet.

Si Fatih Akin nous offre un voyage hors normes, passant par Nazaret, Aleppo, le Liban, Minneapolis, la Floride et le Dakota du Nord, s'il compose de magnifiques plans, l'épopée de cet homme accablé manque cruellement de souffle et l'esthétique impeccable contraste avec la crasse et le malheur qui sont ici montrés. Restent quelques scènes émouvantes et surtout un Tahar Rahim ("Un prophète") simplement formidable dans le rôle d'un homme refusant obstinément de prendre part au conflit et qui, même s'il ne peut pardonner, préfère poursuivre son chemin personnel. Malgré cela, "The Cut" n'est pas l’œuvre majeure attendue sur le génocide arménien et elle restera comme l'une des grosses déceptions de l’année 2015.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire