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CE MAGNIFIQUE GÂTEAU !

Délicieusement lugubre et politique

Le Roi des belges faisait chaque nuit un bien étrange rêve. Attiré par le chant d'un coucou, il se rendait dans la serre tropicale du château, s'enfonçant ensuite dans la nature foisonnante, et découvrant une sculpture de sa propre tête, dont jaillissait de l'eau. Réveillé, il souhait avoir sa propre colonie, en Afrique...

Même s’ils se défendent d’avoir fait un film politique, préférant parler de film « militant », les réalisateurs Emma de Swaef et Marc James Roels, livrent avec "Ce magnifique gâteau !" un pamphlet mordant sur la colonisation de l’Afrique et ses conséquences en terme de déracinement culturel ou de pillage des ressources. Située à la fin du XIXe siècle, cette histoire met en scène, en cinq chapitres dédiés aux cinq personnages, suivis d’un épilogue, porte un regard ironique teinté de tristesse sur la folie gagnant les puissants et les explorateurs (le roi, l’homme d’affaire roublard, le déserteur), et la désorientation vécue par les locaux (le pygmée servant de cendrier dans un grand hôtel, le porteur égaré).

En stop-motion, avec des figurines au visage de feutre, des décors alliant coton et tissus, l’animation est d’une rare qualité, et se marie magnifiquement avec la poésie lugubre qui imprègne le métrage. Sur le film du rasoir, entre humour décalé et vision réaliste d’une période bien noire, le scénario pointe la prétention des occidentaux (la scène avec le clarinettiste à qui on demande de ne plus jouer…), leurs égarements face à l’inconnu et à l’utopique richesse (le trip de l’homme d’affaire qui se prend d’amitié pour un escargot et recrée s’imagine une lointaine famille avec des stalagmites…), ou collectionnant les vestiges d’un pays vandalisé (les haies en crâne ou les doigts servant de sonnettes à une grande demeure désertique, la coquille d’escargot géant transformée en wc...).

Avec onirisme, les tableaux se succèdent, décrivant un global désenchantement et l’égarement général, avec en fond sonores quelques effets sonores récurrents (coups sur un matelas, marteau qui frappe…) comme annonciateurs du drame à venir. Présenté lors de la cérémonie du 50ème anniversaire de la Quinzaine des réalisateurs, le film franco-belge a connu un véritable succès et s’est également vu sélection en séance « événement » du Festival d’Annecy 2018. Une reconnaissance particulièrement bienvenue pour une œuvre à part, engagée et poétique, qui malgré sa nature de moyen métrage (44 mn) trouvera espérons le, le chemin des salles françaises.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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