Parce qu'on en a jamais assez !

BOWLING

Accumulation de clichés

Une nouvelle DRH arrive dans l’hôpital de Carhaix en Bretagne. Elle vient de Paris et semble pleine de préjugés. Malgré sa mission qui consiste à évaluer la rentabilité de certains services, elle se lie d’amitié avec les femmes de la maternité grâce à l’une de leurs amies, propriétaire du bowling local…

Il est bien difficile de ne pas éprouver très vite un agacement profond face à cette fable, vendue au générique de début comme « inspirée d'une histoire vraie ». En effet, sous couvert de climat social tendu, on nous sert ici la chronique d'une lutte, celle d'un village breton, contre la fermeture de sa maternité. Symbole facile (comme les fermetures de classes) du prétendu abandon et de la désertification des territoires ruraux, l'événement aurait pu donner lieu à une fable sociale, à la Ken Loach ou façon « Full Monty », les malheureuses employées se réfugiant dans la solidarité, ici représentée par les concours de bowling auxquelles elles participent.

Mais au lieu de cela c'est vers la comédie lourdaude que s'oriente rapidement un scénario simpliste qui aligne d'emblée tous les clichés sur les méprisants parisiens (il faut entendre la blague de la DRH sur les bretons, l'alcool et l'argent, ou voir son intérieur parisien garni de statues à la froideur aussi affirmée que celle de son hautain de mari...) et les gentils ruraux qui cachent leurs blessures et resteront naïfs jusqu'au bout, même dans les manifs (où ils jouent à « un deux trois soleil » avec les CRS !). Dialogues insipides, situations ridicules (la crise de Firmine dans les vestiaires à cause « Attention spoiler » d'un t-shirt mouillé...), personnages stéréotypés au plus haut point viennent servir une mise en scène au rythme inexistant, anéantissant toute tension potentielle (le plan sur la manif en tracteurs...).

Finalement l'opposition dépeinte ici est certainement représentative des préjugés des uns comme des autres. Elle montre aussi de manière efficace la démagogie ambiante, utilisée un peu partout, avec intérêt électoraliste, par certains élus passéistes. Elle reste également symptomatique d'un cinéma paresseux qui flatte les foules rurales en les caressant dans le sens du poil, tout en oubliant soigneusement d'évoquer que sans évolution et ouverture les sociétés vont droit dans le mur ou s'enfoncent dans un communautarisme symbole de fermeture, d'égoïsme et d'inculture. Est-ce là que va la France ? Peut-être bien ma chère Madame... Est-ce là le message que voulait faire passer la réalisatrice-scénariste ? Certainement pas... mais c'est pourtant bien la seule chose réaliste qu'arrive à mettre en évidence ce triste film.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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