avec ou sans moustache

AYA DE YOPOUGON

Conte d'Afrique

Aya a 19 ans. Elle vit à Abidjan, en Cote d'Ivoire, dans le quartier populaire de Yopougon. Contrairement à ses copines, Adjoua et Bintou, elle préfère rester à la maison et étudier, plutôt que de sortir en douce le soir. Mais un beau jour, Adjoua se retrouve enceinte...

Bande dessinée en 6 volumes, Aya de Yopougon est aujourd'hui devenue un film d'animation drôle et surprenant, adapté par ses propres créateurs, le dessinateur Clément Oubrerie (producteur entre autres du "Chat du Rabbin" de Joan Sfar) et l'auteur Marguerite Abouet, elle-même née à Abidjan. Ayant connu un succès en France, la BD fut un échec en Afrique, ne faisant que décrire, avec un certain recul dû au caractère et à l'intelligence de la narratrice, le quotidien des habitants de cette commune de Yopougon, parmi les 13 constituant le district d'Adidjan.

Voulant devenir médecin, alors que ses amies se contenteraient des métiers classiques de femmes comme couturière ou coiffeuse, Aya se pose, dès la première scène où elle nous présente sa famille et celles de ses amies, réunis autour d'un téléviseur (nous sommes en 1978, et le petit écran commence à entrer dans les foyers...), en cynique un rien agacée par l'attitude volage de ses copines et la bêtise des adultes. De dragues insignifiantes voire intéressées, en recherche peu convaincante d'un père responsable voulant reconnaître l'enfant, le scénario nous emmène dans le monde des « maquis » (des bars ou boîtes de nuits, où l'on « gaze »...), des croyances faciles et des amours d'un soir, dévoilant les différences de statut social, les mariages de convenance, les lâchetés masculines, la domination du « patron » et l’autorité de façade de certains pères.

Le contexte, malgré une évidente pauvreté, n'est pas sans amuser, et fait l'objet d'une description minutieuse. L'influence de la télévision se fait déjà sentir, entre une ville que les jeunes appellent Yop City pour faire plus « américain », les prénoms tirés de séries, et les publicités que les personnages regardent ponctuellement. Les auteurs construisent ainsi une ambiance singulière, en utilisant de véritables spots publicitaires d’époque, vantant par exemple les propriétés bénéfiques de l’alcool (« la bière de l’homme fort »), ou en accompagnant les vues aériennes de la ville de chansons délicieusement rétro. Se lit donc au travers de ce conte d’une communauté, un amour certain pour Abidjan, la Côte d’Ivoire, et les gens qui la peuplent.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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