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ASSISTANCE MORTELLE

Avec Vimala Pons...

Les dérives du système d'aide humanitaire

Le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti marque le début d'une nouvelle catastrophe humanitaire pour cette île dont le peuple faisait déjà face à de considérables problèmes de pauvreté. Mais il s'agit peut-être là d' « une catastrophe qui n'en est pas une pour tout le monde »...

Le nouveau documentaire de Raoul Peck ("Moloch Tropical", "Lumumba") instaure un dialogue en voix-off entre un homme (étranger) et une femme (volontaire sur place), signifiant le découragement des bonnes volontés extérieures comme locales, dans la reconstruction d'Haïti, suite au séisme du 12 janvier 2010. Si des sommes considérables ont été promises (5 milliards sur 18 mois, pour un total de 11 milliards sur 5 ans), le réalisateur pointe, au travers de nombreux chiffres qu'il confronte intelligemment à de nombreux témoignages et interviews, une gouvernance défaillante, mettant sur la touche la plupart des décideurs locaux, et la faiblesse d'un État face au rouleau compresseur que constitue la machine humanitaire internationale (80% des fonds apportés viennent de l'international) et aux intérêt économiques extérieurs (70% de l'argent retourne finalement à un secteur économique lié à l'étranger).

Peu à peu, Peck questionne aussi les priorités établies, démontrant qu'elles ont finalement des conséquences dommageables sur l'avenir du pays et sur le processus d'aide lui-même. S'il paraît légitime de s'attaquer à la démolition et à la collecte des débris, la faiblesse des moyens et la quantité d'autres urgences, telles l'approvisionnement en eau et nourriture, l'hébergement des quelques 1,5 millions de SDF, ou le besoin en infrastructures médicales, semblent montrer que d'autres choix d'organisation auraient pu être faits. Des choix qui d'autant plus auraient pu profiter réellement à l'économie locale, plutôt qu'à des entreprises étrangères, ou au fonctionnement des ONG elles-mêmes.

Au final, c'est avant tout la suspicion de corruption qui est pointée du doigt, tout comme l'absurdité dans la coordination des efforts (entre près de 4000 structures humanitaires), la volonté des donneurs de pouvoir communiquer (en apposant leur logo sur une réalisation tangible comme les maisons à peine étanches, réalisées certes rapidement, mais ne disposant ni d'eau ni d'électricité...), la volonté des étrangers de placer leurs produits, et le retard immense pris dans la réalisation des projets de première nécessité (hôpital...). Entre ingérence économique subie, épuisement des bonnes volontés, et colère légitime, "Assistance mortelle" dresse un constat sans concession, montrant un pays, où, près de deux ans après la catastrophe, les bidonvilles, véritable fléau, se répandent partout autour de Port au Prince, de la même manière que les cimetières improvisés au lendemain de la catastrophe. Édifiant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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