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L'ARTE DELLA FELICITÀ

Le parcours d'un homme en deuil

Un moine bouddhiste italien s'avance dans les jardins de son monastère népalais. Il est soudain pris d'un malaise et s'effondre. Sur sa table il a laissé une lettre pour son frère. Quelques temps plus tard, dans la ville de Naples, son frère conduit son taxi et prend à bord une jeune femme en pleurs...

Le film d'ouverture de la Semaine de la critique du Festival de Venise 2013 était cette année un film d'animation italien, sous forme d'introspection d'un homme ayant perdu récemment son frère. Débutant de manière très sensorielle, avec la dernière promenade du moine, le metteur en scène met en avant certains détails de l'environnement, faisant bruisser les feuilles des arbres soumises au vent, et crisser l'herbe sous les sandales. Puis il nous projette avec ce chauffeur de taxi en souffrance dans cette ville chaotique, où il se noie de bruit et de musique, pour mieux oublier son mal être.

Côté technique d'animation, le trait de contour des personnages en mouvement, qu'il s'agisse des humains ou des animaux, est volontairement instable. Si le principe fonctionne par moments, il s'avère fréquemment peu justifié et fait que le spectateur porte moins d'attention au décor, pourtant souvent riche. L'aspect très travaillé de certaines prises de vue, avec des angles affirmés (comme par exemple l'entrée dans le taxi en repliant un parapluie), nous maintient à hauteur d'homme, contrecarrant visuellement le possible effet « catalogue » des dialogues entamés par le chauffeur de taxi.

L'omniprésence de la voix d'un animateur radio semble un temps contribuer à une stabilité du personnage. Elle véhicule au début un certain sentiment rassurant, parle du retour de l'âme, qui revient toujours « chez elle », alors qu'une mouette semble voler vers la ville. Encore faudrait-il savoir de quel « chez soi » on parle. Film très bavard, à la structure peu évidente à suivre, puisqu'il mêle les souvenirs, les hallucinations ou rêves du chauffeur, avec les interventions de clients véritables ou évocations de personnes qui ont compté, "L'arte della felicità" fait référence au bouddhisme et se conclue intelligemment sous forme de message sur la nécessité de vivre au présent, sans regarder ses malheurs passés ou espérer des bonheurs futurs incertains. De quoi réfléchir à sa propre attitude face à la vie.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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