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L'APPARITION

De troublants engrenages

Un grand reporter français, ayant récemment perdu un collègue proche, reçoit un mystérieux coup de téléphone du Vatican. Intrigué, il se rend à Rome, où on lui explique que dans unvillage du sud-est de la France, une jeune fille de 18 ans a affirmé avoir eu une apparition de la Vierge Marie. Après quelques réticences, il accepte de faire partie d’une commission chargée de découvrir s’il s’agit de véritables apparitions…

Xavier Giannoli a toujours eu au centre de ses meilleurs films, des personnages forts, à la personnalité complexe et à part, ayant un parcours fait de persévérance et d’une bonne dose de courage face à un monde qui ne les reconnaît pas (ou plus). Il en était ainsi du personnage de baroudeur vieillissant de Depardieu dans "Le chanteur", de celui d’affabulateur chef de chantier de François Cluzet dans "A l’origine", ou de l’aristocrate chantant faux mais rêvant de gloire sur scène de Catherine Frot dans "Marguerite".

Le voici donc qui s’attache à nouveau à étudier un de ces personnages, recherchant tel le journaliste objectif qu’il est sensé être, une vérité dont beaucoup ne doutent pas (pèlerins, prêtres…) ou se moquent (marchands du temple et autres fournisseurs de reliques…). En quelques six chapitres, avec minutie, le réalisateur va à la fois disséquer les états d’âmes du reporter, saisir son besoin de protéger les autres, donner vie à une complicité pleine de compréhension, et offrir une peinture du microcosme qui profite de l’événement.

Entre prêtre allemand professionnel des interventions vidéos, tâche de sang sur une robe, existence d’une mystérieuse amie partie subitement, Giannoli installe le doute dans l’esprit du spectateur et maintient un épais mystère autour de cette apparition. Usant de plans saisissants (un corps recroquevillé…), d’une très belle musique malheureusement trop rare, il interroge sur la foi comme étant « un choix personnel », et sur la relation presque forcée entre le deuil et celle-ci. Une œuvre troublante portée par un Vincent Lindon une nouvelle fois parfait, entre fragile humanité et certitudes bousculées.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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