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LES APACHES

Règlement de compte entre amis

Corse. Une nuit d’été. Cinq adolescents du coin pénètrent dans une très belle villa, inhabitée. Là, ils se baigneront dans la piscine, profiteront du luxe de la maison, et… en profiteront au petit matin pour voler quelques objets sans intérêt ainsi que deux fusils de chasse. La culpabilité des uns et la désinvolture des autres feront clasher et paniquer le groupe de jeunes, activement recherchés par les locaux, avides de faire régner l’ordre dans le village…

Peu de films ont à ce jour été réalisé en Corse, relatant de faits ayant eu lieu sur l’île. Pourtant, l’île de beauté ne manque ni de charme, ni d’histoires qui pourraient être portées sur grand écran. C’est à croire que pour parler de la Corse, il est préférable d’être un enfant du pays, plutôt qu’un « gaulois » (nom donné aux continentaux par les jeunes dans le film). Ça tombe bien, Thierry de Peretti est originaire d’Ajaccio.

Pour ce premier long métrage, l’acteur – et maintenant réalisateur – a choisi de lever le voile sur un des faits divers qui a ému le sud de l’île récemment : le meurtre d’un jeune corse d’origine marocaine, sans histoire, et à la famille travailleuse (lors de sa projection à Cannes, un voisin de salles m’a même rapporté que l’instruction était encore en cours – c’est pour dire comme l’affaire est encore fraîche dans les esprits et les cœurs). Même si l’on pourrait penser qu’écrire un scénario à partir d’un fait divers est une solution de facilité, "Les Apaches" n’en est pas pour autant un film facile.

Si on a déjà vu des films de jeunes qui s’introduisent par effraction dans une maison, la trashent ou la pillent (comme dans "Dollhouse"), "Les Apaches" est finalement bien plus un témoignage de la violence et du système de règlement de compte en Corse, qu’un simple fait divers qui tourne mal. Une illustration de la loi de la jungle entre habitants contrastant indéniablement avec le côté paradisiaque des lieux, où se pressent en masse les touristes. Un paradoxe d’autant plus frappant que la violence dont font preuve les jeunes est immense (rappelons qu’ils préfèrent préméditer un meurtre plutôt que d’avouer un simple vol).

Alors évidement comme tout premier long-métrage, "Les Apaches" présente des défauts, notamment un casting non professionnel qui peut lui donner des allures de reconstitution par moment. Néanmoins, il a le mérite d’être un film à caractère politique assumé, faisant le portrait d’une jeunesse qui porte encore les stigmates d’un héritage archaïque, et dont la confiance en les autorités continue à être inexistante.

Veronique LopesEnvoyer un message au rédacteur

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